Boutique de
Marsa Editions

ESPACE ALGERIE

27 rue de Rochechouart
75009 Paris. France


Vente directe des ouvrages et revues, expositions, animations.
Ouverte les jeudi, vendredi, samedi de 14h à 19h, ou sur Rendez-vous

 

Responsable de la rédaction
Marie Virolle
Adresse postale

103 boulevard MACDONALD
Paris 75019 - France
Téléphone

+ 33 6 88 95 36 66
Adresse électronique
marsa@free.fr

Avec le soutien de:


 

 

 

Arezki Metref: Entretien avec Marie-Joëlle Rupp

Arezki MetrefPar Marie-Joëlle Rupp (*)
Algérie  Littérature Action N° 145 -146

«Voir vivre, parler, écouter, sentir, recevoir et transmettre des émotions. J’ai toujours été tenté par ces noces entre mes deux activités, le journalisme et la littérature. » A. Metref

- Marie-Joëlle Rupp : Dans quelles circonstances avez-vous été amené à entreprendre cette démarche d'écriture?

- Arezki Metref : Il s’agit de deux séries de reportages pour Le Soir d’Algérie. J’avais envie, en accord avec la direction du journal qui a vite compris l’intérêt de cette démarche, d’aller humer l’air du temps dans une région où depuis un moment cet air était saturé par les gaz lacrymogènes, les fumées d’incendies, etc. A cette époque, disons de 2002 à 2005, intervalle dans lequel a été conçu et réalisé ce travail, la Kabylie était marquée par le mouvement.

- Marie-Joëlle Rupp : Dans quelles circonstances avez-vous été amené à entreprendre cette démarche d'écriture?

- Arezki Metref : Il s’agit de deux séries de reportages pour Le Soir d’Algérie. J’avais envie, en accord avec la direction du journal qui a vite compris l’intérêt de cette démarche, d’aller humer l’air du temps dans une région où depuis un moment cet air était saturé par les gaz lacrymogènes, les fumées d’incendies, etc. A cette époque, disons de 2002 à 2005, intervalle dans lequel a été conçu et réalisé ce travail, la Kabylie était marquée par le mouvement

- A. M. : Les deux genres se conjuguent car l’un comme l’autre visent le même but : raconter une histoire ou plutôt des histoires. En fait, ce qui rapproche ces textes du roman, c’est la présence prééminente de personnages qu’on voit vivre, parler, écouter, sentir, recevoir et transmettre des émotions.

Je crois que le reportage est d’abord un genre littéraire avant d’être un genre journalistique. Il fait appel à la fois aux facultés d’absorption du réel et de restitution par les mots. La nécessité de décrire convoque les dons de restitution quasi visuelle qui ressortissent de l’imagination, sinon de l’imaginaire. Je voulais aussi revenir peut-être au genre m’handien de l’errance. Voyage initiatique, où j’ai voulu rencontrer la fiction. Je l’ai trouvée souvent dans la réalité. Le genre a eu ses heures de gloire avec Ibn Battuta ou, plus proche de nous, Blaise Cendrars. J’ai toujours été tenté, pour ma part, par ces noces entre mes deux activités, le journalisme et la littérature.

- M.-J. R : Quelle place peut encore trouver ce mode d'écriture auprès des lecteurs face à la concurrence de l'image et du film documentaire ?

- A. M. : Evidemment, l’écrit peut sembler ne rien peser devant l’audiovisuel. Pourtant, ça marche encore. Il y a vingt ans, on annonçait la fin de l’écrit devant l’avancée conquérante de l’audiovisuel. Mac Luhan prédisait la mort du livre devant les conquêtes de l’image et du son. Jamais on a vendu autant de livres depuis que le chercheur canadien a émis sa prophétie. Je crois qu’il n’y a pas compétition parce que le documentaire et le livre s’adressent de fait à des publics différents.

Bien sûr, si Roman de Kabylie avait été tourné en film plutôt que publié en ouvrage, il aurait certainement eu plus de public mais peut-être pas autant d’impact. Avec le livre, j’ai vraiment rencontré de vrais lecteurs, qui ont parcouru avec moi la Kabylie car ils participent à leur manière, puisque l’émotion contenue dans les mots donne du grain à moudre à leur imaginaire.

- M.-J. R : Il y a environ 7000 villes ou villages en Kabylie. Votre choix s'est porté sur une vingtaine d'entre eux. Comment avez-vous sélectionné votre itinéraire?

- A. M. : Faire toute la Kabylie est impossible. J’ai voulu juste commencer et susciter peut-être l’envie pour d’autres de continuer. Le genre a été pérennisé par de jeunes journalistes qui ont découvert que l’univers dans lequel ils vivent, et qu’ils ont désappris à regarder, contient des richesses qu’il faut exhumer. L’itinéraire lui-même a été tracé en fonction du peu de temps qui m’était imparti pour la réalisation de ce travail, des moyens de transport dans une Kabylie où il ne fait pas trop bon se déplacer la nuit. Et puis, il y a eu le hasard aussi des rencontres. Cet itinéraire n’a pas été arrêté en fonction de quelque hiérarchie de sens ou d’importance que ce soit. Il y a des lecteurs qui l’ont compris comme ça. Je répète que ce n’est pas parce que je suis passé par tel village que je le considère plus important qu’un autre. Non. C’est juste que les conditions du voyage ne m’ont pas permis de voir tout ce que je voulais.

- M.-J. R : Bien que votre périple se soit déroulé durant la période d'éclosion du mouvement des arouch, on sent chez vous le souci de garder un regard objectif. Peut-on écrire un roman reportage sur la Kabylie sans, d'une façon ou d'une autre, entrer dans la polémique.

- A. M. : Je voulais éviter de « parler politique », non point par défaut d’engagement — que j’ai eu dans d’autres sphères —, mais parce que la Kabylie politique, polémique, était dans tous les journaux, et le demeure d’ailleurs. Mais dès que je suis arrivé à Tizi Ouzou, au troisième jour, la ville était paralysée par une grève générale.

J’ai pris un café avec Belaid Abrika qui, ayant connaissance de mon projet, m’a dit : « Si tu es capable de parler de la Kabylie en évitant de parler de politique, je te tire mon chapeau ! ». Il avait raison. Mon projet allait bien vite être rattrapé par la question politique. Mes interlocuteurs ne me parlaient que du mouvement citoyen, des grèves, des gendarmes qui avaient tué des dizaines de jeunes en leur tirant dans le dos, etc. Les traces du combat et de la mort étaient partout dans les têtes des gens et dans les villes et villages. Partout, je trouvais les traces de la tragédie, et dans ma tête elles se superposaient à l’autre tragédie, et l’autre héroïsme, tel est l’immémorial irrédentisme kabyle. C’était

en fait la même histoire qui se poursuivait. La résistance était, elle, dans l’air du temps. Les choses sont devenues alors pour moi très claires.

- M.-J. R : Cette enquête est aussi une quête, quête de soi, de ses origines puisque vous êtes kabyle. Le sous-titre, Le livre des ancêtres, en indique la teneur. Avez-vous le sentiment qu'elle ait abouti en ce qui vous concerne à une conscientisation, ou une transformation sous quelque forme que ce soit?

- A. M. : Toute quête est en quelque sorte une quête de soi. S’agissant de ce travail, je l’ai conçu un peu comme ça mais sans narcissisme. Le reportage est un genre collectif. Il met en scène divers personnages de la réalité et de la légende, du présent et du passé, et compose de ce fait un univers.

J’en suis revenu transformé par une découverte stupéfiante pour moi : les ancêtres ne sont pas une idée abstraite, ils sont non seulement dans la vie quotidienne mais ils sont en nous à tous les moments. La seule question à laquelle je n’ai pas répondu et ne veux pas répondre est la suivante : « Que doit-on en faire ? ».


(*) : Marie-Joëlle Rupp est écrivain journaliste, elle a publié :

- Vinci soit-il, biographie de Claude Vinci, chanteur, auteur, déserteur (Préface de Gilles Perrault), Le Temps des cerises, 2006.

- Serge Michel, un libertaire dans la décolonisation (Préface de Jean-Claude Carrière), IbisPress, 2007.

- Vigné d'Octon, un utopiste contre les crimes de la République (Préface de Jean Lacouture), IbisPress, 2009 (Prix de l'Académie des sciences morales et politiques 2010).

- Théodore Monod, Appel à témoins (Préface d'Ambroise Monod), Ibis- Press, octobre 2010.

Elle a collaboré à deux numéros d'Algérie Littérature / Action avec deux portraits biographiques :

- « L'homme qui marchait dans sa tête », portrait d'Arezki Metref, 2005 ;

- « Le Kabyle qui aimait la mer », portrait de Derri Berkani, 2006. Elle collabore à divers medias n France et en Algérie, dont Le monde diplomatique (pages livres) et Le Soir d'Algérie.

 

Arezki Metref

Originaire de Aït Yenni, en Kabylie, Arezki Metref a vécu à Alger à partir de 1956. Élève de l'Institut d'Etudes politiques d'Alger, il devient en 1972 journaliste, et collabore notamment à L'Unité, Révolution Africaine, El Moudjahid, Algérie Actualité. En janvier 1993, il crée avec Tahar Djaout et Abdelkrim Djaad l'hebdomadaire Ruptures, dont il est rédacteur en chef. Après l'assassinat de Djaout, il part en 1993 en France et ne retourne en Algérie qu'en 2001. Après avoir publié de nombreux ouvrages, il commence à peindre en 2003 et expose en 2004.

Poèmes

- Mourir à vingt ans, Éditions Caractères, Paris, 1974.

- Bonne année ou les joies perfides, Éditions du Stencil, Alger, 1977 (en coll. avec Abdelmadjid Kaouah). Iconoclaste et riveraine (dessins de Tibouchi), Éditions de l'Orycte, Paris, 1986.

- Abat-jour (préface de Jean Pélégri, illustrations de Claude-Henri Bartoli). Sindbad, émeutier suivi de L'Évanescence de Tin Hinan (illustrations de Tala M'loult et Arezki Metref), Domens, Pézenas,2004.

- Promethée, l'amour (dessins de Hamid Tibouchi), Domens, Pézenas, 2009.

Romans

- Quartiers consignés, Marsa éditions (Algérie Littérature / Action, n° 2), Paris, 1996.

- Douar, une saison en exil, Domens, Pézenas, 2006.

- Roman de Kabylie ou le livre des ancêtres, Editions Franco-berbères, 2010

Théâtre

- Priorité au basilic (préface d'Abdelkrim Djaad, illustrations de Dilem), Domens, Pézenas, 1997 [diffusé sur France-Culture le 23 mars 1998].

- La Nuit du doute (préface de Nourredine Saadi, illustration d'Ali Silem), Domens, Pézenas, 1997.

- Postscriptum à La nuit du doute.

- L'Amphore (préface de Marie-Joëlle Rupp), Domens, Pézenas, 2002.

L'Agonie du sablier (préface de Belkacem Tatem, illustrations de Denis Martinez), Domens, Pézenas, 2003.

- L'Intuition du désert

- La fenêtre du vent, inédit

Essais

- Algérie, Chroniques d'un pays blessé (préface de Denis Sieffert, illustrations de Dilem), Domens, Pézenas, 1998.

- Algérie, la vérité mais pas toute la vérité (chroniques 1997-2002), Domens, Pézenas, 2002.

- Kabylie Story, Casbah Éditions, Alger, 2005.

Pour commander les ouvrages, il faut passer un mail à marsa@free.fr



ISSN : 1270-9131