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Calligraphie et modernité

Mohammed KhaddaPar Mohammed Khadda
Algérie Littérature Action N° 55 - 56

(… ) Après la première guerre mondiale, il y eut comme chacun sait, une véritable renaissance (nahda) du mouvement culturel arabe. Intenses bouillonnements qui furent les indices annonciateurs des luttes de libération dans le Machreq et le Maghreb et qui aboutiront à l'effondrement des empires coloniaux.

Les peuples recouvrant leurs indépendances (que ce soit en Asie, en Afrique ou ailleurs dans le monde) réaffirment leurs identités nationales et culturelles qui furent outrageusement niées. Etape obligée d'un (ré)enracinement, exhibition des vestiges d'une culture qui fut florissante et que la décadence et l'occupant avaient laminée.

Il s'agissait de "recharner le passé" (J. Berque), de lui redonner consistance et d'ancrer le présent à cette charnière. Tout intellectuel maghrébin portait alors ostensiblement l'Orientau front. L'enluminure et la miniature ancestrales enfouies dans la mémoire émergent, imprécises et gauches, tant les fils de la tradition étaient distendus; pâles répliques des chefs-d'oeuvres d'antan.

Cependant ce lancinant besoin de "retour aux sources" conduisait parfois à occulter dangereusement le présent et les recherches "d’authenticité" montraient souvent leurs étroitesses. Quelques artistes perçurent l'impasse, d'autres l'avaient même pressentie tant était spontanée leur méfiance à l'égard de toute redite, quelle qu'elle fût. Quelques années auparavant la peinture de chevalet avait été propagée dans les colonies et adoptée par les autochtones. Nouvelle forme d'expression qui charriait avec elle les arts de tous les continents, notamment l'art abstrait qui s'imposait un peu partout dans le monde et dont les recherches plaçaient d'emblée les arts musulmans, réputés nonfiguratifs dans la "modernité", au niveau des préoccupations esthétiques contemporaines. C'est à ce carrefour que nous pouvons situer les artistes arabes qui,  par l'intégration du rythme et du mouvement de l'arabesque dans leur expression picturale, forme d'art parmi d'autres, allaient donner ce que l'on nommera "l'école du signe".

La tradition réappropriée, transformée par la sensibilité et le nouveau savoir pictural de l'artiste, tentait de faire la jonction entre l'oeuvre personnelle et l'imaginaire collectif. Cela se passait vers les années 50. Par ailleurs, la calligraphie qui se cantonnait traditionnellement dans l'architecture et dans de rares ex-voto, en s'investissant dans la peinture dut se conformer aux règles de celle-ci : polychromie, composition,profondeur, clair-obscur, etc. Ainsi réutilisée pour de nouveaux contenus, l'écrit perdait son caractère sacré, la langue se détachait de son message et même de son esprit. Alors que la subversion et le blasphème des siècles précédents restaient inscrits dans une pensée religieuse, c'est à une laïcisation des lettres de la langue coranique que nous assistons aujourd'hui. Concurremment, dans les arts graphiques le Neskhi se pliait vaille que vaille au clavier des linotypes et le Koufi s'adaptait aux exigences du design contemporain.

Actuellement, regain massif, les cimaises de Bagdad à Marrakech via les capitales européennes regorgent de "peintures calligraphiques". Utilisation le plus souvent abusive de la lettre arabe pour ses seules vertus décoratives qui nous semble être un phénomène inquiétant et une tendance régressive tant certains peintres systématisent et schématisent les recherches des précurseurs.

Une nouvelle mode, si l'on considère - uniquement en France – le nombre d'ouvrages consacrés à la calligraphie arabe, se propage de part et d'autre de la Méditerranée et fait problème. Cet engouement de l'Europe pour un "orientalisme abstrait" ne reconduit-il pas, en les habillant de neuf, d'anciens schémas? Et cette nouvelle génération de peintres n'est-elle pas piégée par le regard de l'autre; paradoxalement contrainte pour affirmer sa différence et son illusoire authenticité à s'affubler des oripeaux qui la font reconnaître, par le regard extérieur, dans son sécurisant et éternel "exotisme"?


(Annuaire de l'Afrique du Nord, XXIII, Centre National de la Recherche Scientifique, 1984, pp. 129-135)

Essais de Khadda

1966 : Eléments pour un art nouveau (Un acte de foi, par Anna Gréki; Pour un dialogue, par Mohammed Khadda), Alger.

1972 : Eléments pour un art nouveau, SNED, Alger. 1983 : Feuillets épars liés, SNED, Alger.

1987 : Khadda, textes et illustrations de l'artiste, Editions Bouchène, Alger.

1990 : Mohamed Racim, ENAL, Alger.

Eléments de biographie

1930 : Naissance le 14 mars à Mostaganem.

1936 : Ecole de Tigditt, "quartier arabe" de la ville.

1942 : Exode de la famille, fuyant la famine, à Zemmora. Retour à Mostaganem trois mois plus tard.

1944 : Son instituteur le fait embaucher à l'imprimerie de '"Aïn Sefra".

1946 : S'initie au travail de maquettiste en faisant les croquis des imprimés à réaliser.

1947 : Premières aquarelles et peintures. Se lie avec Abdallah Benanteur. Pratique la reliure. Visite d'expositions à Oran.

1948 : Voyage avec Benanteur à Alger, visite du Musée.

1953 : Arrive avec Benanteur à Paris. Typographe et maquettiste dans différentes imprimeries. Fréquente le soir l'Académie de la Grande Chaumière à Montparnasse.

1954 : Se lie avec le journaliste Mustapha Kaïd, le comédien Mustapha Kateb et le romancier Kateb Yacine. Milite pour l'indépendance de l'Algérie.

1955 : Premières participations à des Salons et expositions collectives.

1961 : Première exposition personnelle.

1963 : Rentre en Algérie. Maître-imprimeur à Blida puis, à Alger, maquettiste et secrétaire de rédaction de plusieurs revues. Première exposition personnelle à Alger.

1963 : Membre fondateur de l'Union Nationale des Arts Plastiques.

1965 : Responsable du bureau de dessin, puis de la sérigraphie et de l'imprimerie de la Société Nationale d'Edition et de Diffusion.

1971 : Secrétaire de l'Union Nationale des Arts Plastiques (jusqu'en 1973).

1972 : Abandonne l'imprimerie pour se consacrer à la peinture.

1973 : Première participation à la réalisation d'une peinture murale collective à Maamora.

1978 : Sous directeur au Ministère de l'Information et de la Culture, responsable des arts plastiques (mars 1978 - août 1979).

1979 : Nombreuses gravures, dessins pour plusieurs recueils de poèmes.

1981 : Sculpture monumentale pour la ville de M'Sila.

1985 : Expositions simultanées de ses gravures à Oran, Annaba, Tizi-Ouzou, Alger et Constantine.

1989 : Participe à la constitution de sections algériennes de la Ligue des Droits de l'Homme et d'Amnesty International.

1990 : Membre du Conseil National de la Culture.

1991 : Un cancer du poumon ayant été diagnostiqué, il est transféré en janvier dans un hôpital parisien où il subit une lourde opération. Rapatrié en avril, il s'éteint le 4 mai.

Son oeuvre est classée Patrimoine National.

Principales expositions personnelles

1961 : Galerie Transposition, Paris.

1963 : Galerie de l'Union Nationale des Arts Plastiques, Alger.

1964 : Galerie l'OE il écoute, Lyon (préfaces de G. Rodis-Lewis et Jean Sénac).

1965 : Galerie de l'Union Nationale des Arts Plastiques, Alger (préface de Anna Gréki).

1966 : Galerie Pilote, Alger; "Signes et Paysages", Galerie Z/B, Vienne (Autriche).

1967 : Centre Culturel Français, Alger (préfaces de M. Alloula et D. Brahimi); Galerie de l'Union Nationale des Arts Plastiques, Alger.

1968 : Centres Culturels Français de Sidi Bel Abbès, Mostaganem et Oran.

1971 : Galerie de l'Union Nationale des Arts Plastiques (préface de Khadda).

1974 : Hall du ThéâtreRégional, Oran;  Centre Culturel, Blida; Galerie des Quatre Colonnes, Alger (préface

de Khadda).

1983 : Musée National des Beaux-Arts, Alger (textes de M. I. Abdoun, M. Alloula, N. Belkaïd, M.-G. Bernard, R. Boudjedra, A. Gréki, B. Hadj Ali et J. Sénac).

1985 : "Plombs gravés", cinq expositions simultanées : Centre Culturel de la Wilaya, Alger; Théâtre Régional, Annaba; Théâtre Régional, Constantine; Maison de la Culture, Tizi-Ouzou; Théâtre Régional, Oran (préfaces de Khadda et N. Belkaïd); "Plombs gravés", Hall de l'Assemblée Populaire Communale, Mostaganem; Maison de la Culture, Tlemcen; "Plombs gravés", Hôtel de Grave, Montpellier (préfaces de Khadda et N. Belkaïd).

1986 : "Aquarelles de Khadda", Galerie Issiakhem, Alger (préfaces de Khadda, M.-G. Bernard et H. Tengour).

1987 : "Gravures"", Librairie Paul Eluard, Marseille; "Accrochage", Fête de la Marseillaise, Marseille.

1988 : Galerie Am Weidendamm, Berlin (préfaces de N. Belkaïd et M.-G. Bernard).

1989 : Centre Culturel Algérien, Paris; "Gravures", Fête de l'Humanité, Paris.

1990 : "Aquarelles, gouaches et gravures", Galerie Sqifa, El Achour (poème de Tahar Djaout); "Khadda, peintures", Galerie Isma, Alger (poème de Francis Combes et préface de M.-G. Bernard).

1992 : "Khadda, Collection du Musée National des Beaux-Arts d'Alger", exposition et hommage, Musée National des Beaux-Arts, Alger (textes de M. Bouabdallah). "Khadda", exposition et hommage, Centre Culturel Algérien, Paris (préface et biographie de M.-G. Bernard.

1994-1995 : "Khadda, 1930-1991", Château de Saint-Ouen; Forum Culturel, Le Blanc-Mesnil (introduction de B. Epin, textes de M.-G. Bernard, M. Dib et P. Siblot, témoignages de P. Balta, D. Brahimi, R. Fayolle, M. Gadant, F. Madray-Lesigne, F. Liassine, C. et M. Touili, G. Rodis-Lewis).

1995-1996 : "Khadda, La paix pour alphabet”, Institut Français, Barcelone; Domaine Départemental du Château d'O, Montpellier (préfaces de J.-C. Pompougnac et G. Saumade, textes de M. et M. Sagaert, J. E. Bencheikh, biographie de M.-G. Bernard). 1996 : Institut du Monde Arabe, Paris (présentation de B. Alaoui, textes de J. E. Bencheikh, M. Bouabdellah, M. et M. Sagaert, biographie de M.-G. Bernard).

1999 : Association Pont de mer, Centre Culturel de Région, Perpignan.

2001 : "M. Khadda, 1991-2001", Musée National des Beaux-Arts, Alger (préface de D. Mahammed-Orfali, texte de M.-G. Bernard); "Khadda, dix ans après", Centre Culturel Algérien, Paris (préfaces de N. Belkaïd-Khadda et M.-G. Bernard). Bruxelles.

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ISSN : 1270-9131