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Kamel Yahiaoui: Corpeinture

par Nourredine Saadi
Algérie Littérature Action N° 73 - 74

Il y a chez Kamel Yahiaoui un paradoxal alliage de force et de fragilité — quelque chose de primitif — par quoi l’oeuvre ressemble à l’homme. C’est bien sûr particulièrement évident dans les autoportraits. Mais à bien regarder, on retrouve cette marque dans la plupart de ses tableaux, tant on y ressent toujours de l’enfance : doigts écartés de la paume, points sur la toile comme pour éloigner les terreurs qui devaient peupler ses nuits enfantines à la Kasbah; pieds foulant, écrasant matières et supports — toile, carton, bois, ferrailles, serpillières, surfaces lisses ou grumeleuses — comme on piétinerait de rage la peinture qui vous résiste ou comme la colère noue la gorge, l’impossibilité du cri; formes puissantes — humaines, animales, sorties des mythes, telle sa « vache des orphelins », ou du Coran — mais qui semblent estompées, mouillées de larmes, signes, traces, souvenir, effacés tels des visages ou des paysages qu’on ne peut plus décrire… l’humour d’être, quoi!

Il y a chez Kamel Yahiaoui — on le devine — une jouissive et violente frénésie dans l’acte de peinture. Le geste est fulgurant, ample, on dirait qu’il craint qu’à chaque instant une force n’échappe de luimême pour détruire la figure. Pourtant le travail est précis, presque lumineux, et les couleurs passées : ouvrages en ocres délicats, indécis, patinés, sourds, déposés presque grain à grain…

Il y a toujours dans la peinture de Kamel Yahiaoui ce que l’on voit, et ce que l’on devine — cette part laissée aux ombres. Ce doit être ainsi peindre dans l’exil — celui des lieux comme celui de soimême : on croit saisir la toile comme un pays qu’on habite alors que c’est l’autre terre — là-bas! — qui, irrémédiablement, habite votre regard. Noeuds secrets de la répétition que l’on ne défait que provisoirement dans chaque acte de création, en peignant chaque jour.

Il y a dans le travail de Kamel Yahiaoui un cheminement, une quête de l’invisible, quelque chose qui échappe à notre vue, une « corpeinture », pour paraphraser Jean Sénac. J’aime à penser qu’il poursuit ainsi, oeuvre après oeuvre, des fantômes de sa mémoire… On le dirait. Au fond, tout tient en cela: « on dirait ».

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ISSN : 1270-9131