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Les mots et les couleurs

par Jean Pélégri
Algérie Littérature Action N° 67

J’ai connu Louis Bénisti sur le tard, dans les dernières années de l’Algérie française, mais, dès que nous nous sommes rencontrés, nous avons très vite rattrapé le temps perdu. Nous nous écrivions, nous nous téléphonions souvent, j’admirais ses tableaux, ses sculptures, et j’ai tous les jours en face de mon bureau, à hauteur des yeux l’un de ses derniers tableaux où les couleurs remplacent le dessin et qui représente un coin de la Casbah.

D’autres diront mieux que moi ses éminentes qualités de peintre et de sculpteur. Il a vécu près de soixante-dix ans en Alger. Il en connaissait toutes les rues, toutes les places, les demeures d’autrefois par la suite démolies et les sentiers ombragés qui menaient vers les collines et les hauteurs de la ville. Aussi est-il sans doute le peintre le plus intime d’Alger. Il raconte sa vie, de l’enfance au grand âge, par les thèmes et les couleurs de ses tableaux.

Un autre domaine de son talent est moins connu: celui de l’écriture. J’ai toujours été fasciné et ébloui par la couleur de ses textes. Tout ce qu’avec émerveillement nous avons découvert d’Alger pendant l’enfance et l’adolescence se retrouve sous sa plume. Car avec lui chante la lumière, la générosité, la sensualité, le nom des rues, les étalages des boutiques sous les voûtes, les prénoms des amis, la beauté des femmes, la synagogue, les usages hérités de l’enfance, les noms propres issus de toutes les sonorités de la Méditerranée. Si bien que j’ai toujours lu ses textes et ses lettres avec la joie et l’émotion du coeur.

Comme plusieurs de ses amis, j’ai reçu, le mercredi 12 avril 1995 à 16 heures un coup de fil de Louis Bénisti de l’hôpital d’Evian. Il disait, et c’est la dernière fois que je l’ai entendu : “ Jean, c'est la fin…

Aussi, je voulais te dire que j'aime deux choses : la grandeur et les amis… Que moi, de Bab-El-Oued, j'ai connu les plus grands… Et que l'Algérie m’a. fait. Il faudra dire aussi aux Algériens que je les ai toujours aimés et que je les embrasse. Tu entends, Jean : la grandeur, les amis, les Algériens… ”

Je lui ai promis de le leur dire. Un mois plus tard, le 11 mai, j’ai remis ce message au directeur du Centre Culturel Algérien de Paris. On projetait le film “ Bab-El-Oued City ” et les deux textes — celui de Jean de Maisonseul et le dernier appel téléphonique de Louis Bénisti — ont été lus à la fin du film devant l’assistance composée surtout de jeunes.

Tous se sont levés pour applaudir cet adieu d’un frère.


 

(Catalogue “ Exposition des dernières peintures ”, Lourmarin, juillet 1998)

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ISSN : 1270-9131