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Rétrospective de Bettina: Sous le soleil d'Algérie

Par Bernard Zimmermann
Algérie Littérature Action N° 43

Tous ceux qui connaissent ou ont connu l'Algérie — tous ceux qui l'aiment — sont appelés, ou l'ont été, à se rencontrer, à dialoguer. Et même à dialoguer à distance : dans l'espace, dans le temps. Quitte à soutenir des idées contradictoires. Mais l'on sait que si l'on ne fait pas sa place à la contradiction on se condamne à n'approcher ni la vie ni le divin. J'ai encore eu ces pensées tandis que, revenant d'une Allemagne que je quittais sous la pluie, je me proposais d'écrire quelques mots sur la peinture de Bettina à l'occasion de sa prochaine exposition : «Sous le soleil d'Algérie»

Bien sûr, sous ce soleil où Bettina va peindre sur sa petite table pliante, est née son oeuvre; elle lui doit la luminosité de sa palette et sa technique de «l'aquarelle sèche». Mais ce titre a dirigé mes rêveries vers quelques pages d'Albert Camus que j'ai rouvertes. Et en relisant ces lignes de «Noces à Tipasa» : “Nous entrons dans un monde jaune et bleu où nous accueille le soupir odorant et âcre de la terre d'été en Algérie, (… ) et de la terre au soleil monte sur toute l'étendue du monde un alcool généreux qui fait vaciller le ciel”, j'ai vu se déployer les peintures de Bettina comme “un jeu de cartes ouvert sur un ciel sans limites”.

Je venais tout juste de rencontrer ses dernières réalisations, celles de cette année où elle a renoué avec la peinture de plein air, et je me réjouissais de retrouver chez mon amie l'expression de son soleil intérieur, une joie sensible de retourner à la nature. «La Mahouna sous la neige» pourrait être l'introduction à la beauté de ce monde, tout comme «L'allée de palmiers», à l'entrée d'une vieille ferme d'Héliopolis, près de Guelma, livre une autre interprétation de «La naissance du monde».

Héliopolis, la ville du soleil. La Mahouna. Une route serpente dans le paysage, aux souvenirs atroces. L'art qui ne trahit pas les hommes est là, qui apaise l'âme. La beauté est autant dans le regard qui la crée que dans la nature qui s'offre à notre regard.

“(… ) j'ai peur de la mort, dans la mesure où je m 'attache au sort des hommes qui vivent, au lieu de contempler le ciel qui dure.” Camus a fait cette confession dans «Le vent à Djémila». Il revenait de Djémila. Il dit de Djémila que c'est une cité “dont on revient”; il revenait de ces champs de la mort, selon son regard, pour nous restituer un chant de mort, philosophique et désespéré. Camus écrivait cela étant jeune, il le dit, comme pour se justifier presque. Pas plus que lui Bettina ne trahit les hommes mais cela fait trois décennies qu'elle observe la vie des hommes et la terre d'Algérie, sans se lasser ni nous lasser, et cela mérite qu'on s'arrête à ce qu'elle dit.

Elle dit, elle donne. Elle donne, dans le vent de la montagne, des cigarettes à des bergers. Une femme ne fait pas ça. On risquerait de l'oublier. On risquerait d'oublier aussi la beauté, quand souffle le vent contraire. Elle a peint «Le poète d'Héliopolis». Sur ce tableau le poète ressemble à son mari, Hamid. Elle dit : “Le poète vient en ville, il vient lire ses poèmes sur les places et dans les cafés. Il espère qu'on les lui achètera. Mais personne ne lui en achète. Il s'en retourne dans la montagne où il vit, il y reprend des forces. Il revient sans se décourager, relire ses poèmes en arabe.”

Elle l'a peint lisant ses poèmes en arabe. Et il est beau. Encore : j'aime cette peinture parce qu'elle est juste. Elle ne ment pas et ne fait pas mentir la nature (ni les hommes); elle rend justice à la beauté et à la vie. Un champ immense avec des coquelicots et des chardons bleus au premier plan.

Question : comment peut-on peindre pendant trente ans le même paysage sans se redire et en renouvelant pour soi et pour le spectateur l'émerveillement?

Autre question : au fond, qui est Bettina?

Garder les questions, ne pas attendre de réponses. Ouvrir les yeux au soleil qu'elle propose, laisser agir en soi.

Un soleil d'Algérie qui ne donne pas d'ombre, et dessous : Moissons mûres, blé, avoine, chaumes dans l'été brûlant grande perspective, vallées, mélodie d'un chalumeau de berger, volutes de la fumée du tabac, maisons, toits aux tuiles rondes chemins de terre, cieux, vent herbes hautes et folles, solitude, destin, enfants courbes des collines, crêtes taches, taches de lumière, couleurs agressives, arbres en boule isolés, éthique, rigueur de peintre, regards, regards, arbres comme des chevaux se poursuivant sur les crêtes, mélodie, ud, femmes voilées, courage, cités perdues, rêves d'enfance, voyages, mort, planète, danse, autres étoiles, peur, solitude, Dieu, jaillissement des blés sur pied, ciel, profusion des fleurs, paix, Algérie.

*Musée d'Art «Baden» de Solingen. (70 oeuvres), du 24 septembre au 22 octobre 2000.

Pour commander les ouvrages, il faut passer un mail à marsa@free.fr



ISSN : 1270-9131