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Baya par André Breton (*)

Algérie Littérature Action N° 15

Une chance exceptionnelle veut qu’en la très gracieuse de Baya se conjuguent sous nos yeux les deux courants qui alimentent la pensée poétique, qu’il nous soit donné pour une fois de leur découvrir une source commune en un être aussi frêle que privilégié.

Un concours ultra-favorable de circonstances permet, en effet, dans cette apparition étincelante sous le ciel anxieux d’un novembre 1947 à Paris — Baya rayonnant au dedans comme au dehors de tous les charmes de son pays — de cerner pour n’en faire qu’un, d’une part, ce que l’imagination berbère d’aujourd’hui a gardé vivace de la tradition de l’ancienne Égypte, d’autre part ce qui, au terme des observations de Jean Piaget, peut être mis au compte des sentiments de participation et des pratiques magiques chez l’enfant. A ceux qui, refusant les oeillères rationalistes, croient envers et contre tout à la délivrance du monde et, pour en faire une réalité, aspirent à retrouver où qu’elle soit la fraîcheur de l’inspiration et la hardiesse de conception qu’elle entraîne, il est donné par l’enfant qu’est Baya de se pencher sur ce double creuset.

Le voilà déjà loin de nous, ce vieux monde dit plaisamment civilisé, ce monde à bout de souffle, ce dragon aux cent mamelle taries, ce monstre terrassé dont les écailles se décomposent en tout ce que l’aberration de la pensée humaine a cru devoir énumérer de races et de castes pour pouvoir les dresser les unes contre les autres et dont la gueule n’a cessé de vomir le carnage et l’oppression. Et voici, profilée sur le tissu de fils de la vierge de l’avenir, la silhouette hiératique de Baya soulevant un coin du voile, découvrant ce que le jeune monde uni, harmonique et s’aimant pourrait être. Oui, sa main est encore armée, c’est vrai. Il est indéniable que dans son attirail de merveilles les philtres et les sorts secrètement le disputent aux extraits de parfums des Mille et une Nuits. C’est que le désir humain est chez elle à l’état pur, n’admettant à sa satisfaction aucun obstacle, livré sans frein à son besoin d’exaucement.

La main, qui tenait le prisme, le voit noircir et, mue par un ressort immémorial, s’oriente vers l’herbe et l’épingle.Dans une époque comme celle que traverse le monde musulman, scandaleusement asservi, il est peut-être naturel que le geste de Baya reproduise dans l’ombre celui de la jeune bergère du Moyen Age européen, mais surtout il est hautement significatif, au point de vue sociologique, qu’elle recoure aux mêmes moyens d’intervention sur la vie extérieure qu’à tout prix il s’agit pour elle aussi de se concilier. Le secret de Baya ne diffère en rien de celui de l’héroïne de Michelet. “Les Contes de fées, dit-il, sont le coeur du peuple même” et nul n’a mieux décrit cette passion de la femme-enfant, impulsant le cycle sans fin des métamorphoses : “La femme s’ingénie, imagine, elle enfante des songes et des dieux. Elle est voyante à certain jour; elle a l’aile infinie du désir et du rêve. Pour mieux compter les temps, elle observe le ciel. Mais la terre n’a pas moins son coeur. Les yeux baissés sur les fleurs amoureuses, jeune et fleur elle-même, elle fait avec elles connaissance personnelle. Femme, elle leur demande de guérir ceux qu’elle aime... Au début, la Femme est tout.”.

Je parle, non comme tant d’autres pour déplorer une fin mais promouvoir un début et sur ce début Baya est reine. Le début d’un âge d’émancipation et de concorde, en rupture radicale avec le précédent et dont un des principaux leviers soit pour l’homme l’imprégnation systématique, toujours plus grande, de la nature. L’amorce de cet âge est chez Charles Fourier, le moteur tout neuf vient d’en être fourni par Malcolm de Chazal. Mais la fusée qui l’annonce, je propose de l’appeler Baya.

Baya, dont la mission est de recharger de sens ces beaux mots nostalgiques : l’Arabie heureuse. Baya, qui tient et ranime le rameau d’or.


(*) : In Derrière le Miroir, nov. 1947

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ISSN : 1270-9131