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Kamel Yahiaoui : L’angoisse faite peinture

Par Mansour Abrous (*)
Algérie Littérature Action N° 6 -

Kamel Yahiaoui confronte dans sa peinture une vieille angoisse et une nouvelle raison de vivre dans une mise en scène sous le signe de la vie et de la douleur. Désir de vie pour une urgence de la mort. Que veut faire le peintre de son angoisse? Et que peut l’angoisse de l’artiste pour l’œuvre? Le peintre compulse le matériau angoisse. Il le nourrit. Il le courtise. Il l’entretient. Il ne cherche pas à le maîtriser car il fonde l’œuvre.

Une image préexiste à cette angoisse, il la réexhume, il lui donne forme instantanément dès que vient à affluer, au travers des cavités poreuses de la mémoire, la douleur. Il l’emplit quand il vide sa douleur de l’intimité, dans l’intimité.

Chez Kamel Yahiaoui, la sérénité c’est l’absurdité de la création. L’angoisse est moteur de la création. Elle est mise en éveil de la mémoire. Son algérianité l’installe dans une douleur de l’initié. L’angoisse est entretenue dans l’œuvre comme vitalité nécessaire, comme tension obligée pour processus créatifs. Fondu-enchaîné de deux existences au départ autonomes mais qui se rattrapent, se happent pour ne plus se lâcher, pour se confondre en une quête d’existence. Chaque existence, celle de l’auteur et celle de l’œuvre, fonde l’autre, la nourrit quand elle ne vient pas à la justifier.

Il y a immobilité de l’image de la vie. Le mouvement n’existe que par l’angoisse. Elle opère un balayage permanent, incessant, dans l’œuvre. D’où cette impression de gestualité, de peinture gestuelle, mouvement continu qui insuffle une énergie nécessaire pour croire en une mécanique de la vie, une croyance en une existence possible loin des contraintes de la peur, des peurs renouvelées dès que vient à s'essouffler le réel. L’œuvre respire là où on ne l’attend pas, là où on l’attend le moins, dans cette figuration qui semble figée alors qu’elle retient son souffle. Ecrasement. Peurs réciproques. Il y a peu de paix intérieure chez l’artiste. Désordre de vie. Il y a un repos de l’âme imperceptible mais qui s’installe progressivement et qui prend délivrance à la dernière touche. Démangeaison de l’âtre. Respect de la vie.

Son pays est incontestablement présent, torture lancinante, ravivée par les griffures d’une actualité en manque de paix. Dans son travail, il consigne une certaine idée de l’Algérie, de la solidarité humaine qui se meurt comme se meurent passablement nos illusions, nos utopies. Il étire sur le lit de nos consciences le cortège ininterrompu des morts sans cadavres, sans sépultures. Ames au repos agité, électrons qui se télescopent comme se heurtent nos destins au(x) destin(s) de l’Algérie, des Algéries réinterprétées aux différents degrés d’espoir que nous lui entretenons.

Sa peinture sous-entend qu’il n’y a point de destin individuel en dehors du destin collectif sinon à renoncer à une part de paternité sur le destin en devenir de l’Algérie. Dégraissage de la mémoire, purge de nos douleurs et de nos morts. Souvenir du bonheur quand halète la mémoire devant le quotidien cimetière saturé de deuils. Plus de paternité du tout quand il n’est plus possible de se nourrir au bonheur incompressible d’un peuple, d’une nation, au bonheur familial. Vivre aujourd’hui pour un Algérien, c’est une impolitesse de la raison et une impolitesse du désir.


* Professeur à l’École des Beaux Arts d’Alger.

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ISSN : 1270-9131