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Le cinéma algérien lutte pour sa survie

La montagne de Baya: Un film de Azzedine MeddourPar Sophie Dacbert (*)
Algérie Littérature Action N° 18

Alors que intellectuels et artistes français ont enfin décidé de se mobiliser sur le drame algérien, des cinéastes poursuivent là-bas leur lutte, plus périlleuse que jamais, pour que survive le cinéma national, malgré le désengagement total de l’Etat.

Désengagement de l’Etat, effondrement du dinar, insécurité. En cinq ans, ces trois maux auront eu raison de la cinématographie la plus puissante d’Afrique. Du moins, ils auront définitivement ébranlé toute une structure qui reposait depuis trente ans à la fois sur une production étatique forte et un réseau de plus de 500 salles nationalisées et qui a connu une dégradation lente et inexorable depuis les années 70.

Aujourd’hui, il semble que personne ne soit en mesure de donner le nombre exact de cinémas projetant des films en 35 mm : 20, 40, 50? Hormis le petit circuit national de la Cinémathèque que dirige Boudjema Karèche et qui permet aux Algériens de garder le contact avec leur culture cinématographique, le parc a été éclaté entre les organismes parapublics et les anciens propriétaires privés qui ont souvent transformé les cinémas en salles de fêtes. L’alimentation s’est peu à peu tarie au point que les rares films circulant désormais dans les cinémas sont en fait des vidéocassettes piratées. Et le public, autrefois friand de cinéma, se réduit autour des jeunes consommateurs de films d’actions américains.

Comme une partie de la population algérienne, les cinéastes sont aujourd’hui confrontés au même dilemme : se cacher, partir, ou continuer de faire leur métier et contribuer, au même titre que les écrivains, musiciens, journalistes, et autres professeurs, au maintien de la liberté d’expression, de la culture algérienne, bref, lutter pour la survie du pays.

Ceux qui ont décidé de rester en Algérie sont aujourd’hui soumis aux nouvelles règles imposées par l’économie de marché. Il s’agit pour eux de pallier le retrait quasi total de l’Etat, jusqu’alors unique bailleur de fonds, via le Centre algérien pour l’art et l’industrie cinématographique (CAAIC) et l’Entreprise nationale de production audiovisuelle (ENAP) et qui permettait à des dizaines de films de voir le jour chaque année.

Azzedine Meddour fait partie de ceux qui ont décidé de lutter pour la survie du cinéma algérien. Si sa popularité acquise à la télévision, pour laquelle il a réalisé de nombreuses heures de fictions,  documentaires et séries, lui a facilité certaines démarches, il ne cache pas la situation extrême qu’il a vécue durant cinq ans pour faire son premier long métrage, La montagne de Baya. La post-production du film se termine actuellement à Paris, après un an et demi de tournage entrecoupé de nombreuses interruptions, dont un accident jamais élucidé, qui a coûté la vie à une partie de l’équipe.

Coproduit par la société française Caro-Line, son film fait partie des rares productions ayant pris corps au cours de ces cinq dernières années. Car, durant cette période trouble, peu de films sont parvenus à trouver des partenaires étrangers pour pallier la réduction progressive des crédits d’Etat : Machao de Belkacem Hadjadj avec Les films de la Place, La colline oubliée de Abderrahmane Bouguermouh, avec IM Products Films, Bab El Oued City de Merzak Allouache, produit principalement par la France (Jacques Bidou) et qui n’avait reçu du CAAIC qu’un soutien logistique, et L’arche du désert de Mohamed Chouikh, premier film à s’être passé totalement du CNC local.

Bonne ou mauvaise chose? “La situation économique de l’Algérie est différente d’il y a cinq ou six ans, répond Azzedine Meddour. Avec la dévaluation du dinar, la dotation du ministère de la Culture couvre simplement l’achat de la pellicule d’un film comme La montagne de Baya.

Le nouveau système est très peu favorable aux initiatives cinématographiques. Lorsque nous cherchons de l’argent, nous sommes obligés de nous tourner à nouveau vers le sponsoring des sociétés d’Etat  qui sont méfiantes. Deux contrats de coproduction signés avec des entreprises d’Etat ont été remis en question onze fois. Le vrai problème, c’est la valse perpétuelle des fonctionnaires à qui on a affaire pour tenter de bâtir un semblant de financement et l’insécurité permanente qui interdit de tourner n’importe où et n’importe quand. C’est une situation particulièrement pénible, mais je pense qu’il se produit de films de meilleure qualité qu’autrefois.”

Le combat se poursuit donc, plus périlleux que jamais. Mais les cinéastes qui ont préféré quitter leur pays n’ont pas baissé les bras pour autant. Et c’est pour sortir du carcan qui confine les films algériens entre l’essai artistique et la propagande que Merzak Allouache a tourné en France Salut cousin!, et récemment au Liban, Alger-Beyrouth, une fiction produite par Arte. “Je tourne dans les villes, souligne-t-il, chose impossible en Algérie.

Je contourne le problème en parlant de l’Algérie, de Paris et d’ailleurs. C’est aujourd’hui le seul moyen.” Pour Mahmoud Zemmouri, la question ne se pose pas non plus. “J’ai tourné mes quatre précédents films en Algérie. J’ai connu les pires pressions déjà au moment des Folles années du twist, en 1983, souligne le réalisateur de 100% Arabica, actuellement à l’affiche. Le fait de tourner en dérision l’héroïsme du FLN, était particulièrement mal perçu, y compris par les cinéastes algériens, qui ont fait pression pour que le tournage s’arrête. Le film s’est tout de même fait. Il est sorti en salle... 3 jours! Le FLN a forcé les exploitants à le déprogrammer. Sur De Hollywood à Tamanrasset, dont le tournage a démarré une semaine avant les événements de 1988, ce sont les intégristes qui s’y sont mis, en brûlant les décors à plusieurs reprises. Déjà à l’époque, le cinéma était devenu gênant. Je suis pour un cinéma de liberté et de fraîcheur, un cinéma qui parle autant aux Algériens qu’aux Français, un cinéma grand public surnommé là-bas “le cinéma Djedid”. Pour autant avec 100% Arabica, je n’ai pas l’impression de tromper mon pays, ni de fermer les yeux sur ses problèmes. Le message de tous mes films est le même : “Le mal se trouve dans l’exclusion”".

Autre forme de solidarité, Sous les pieds des femmes, premier long métrage de Rachida Krim dont la sortie est prévue le 26 novembre. La réalisatrice française d’origine algérienne témoigne, à travers sa propre histoire, sur celle du peuple algérien. “Mon travail, c’est de dire qu’on n’oublie pas, et mon devoir de saluer l’immense courage des cinéastes qui n’ont pas abandonné l’Algérie.”

Des cinéastes que le public français pourra bientôt découvrir : La montagne de Baya sort en France le 3 décembre et L’arche du désert, le 28 janvier. Des hommes qui portent encore en eux l’espoir de sortir leur cinéma et leur pays du chaos. Car comme le souligne Azzedine Meddour, “si les difficultés se sont accumulées, si des gens ont nui au film, d’autres en revanche ont été exceptionnels et nous ont aidés de façon inouïe, par leur soutien moral, matériel, leurs interventions, et cela du bas de la société jusqu’en haut. Rien n’est jamais tout noir... Sinon, on ne serait pas là”.


(*) :  Enquête réalisée pour Le compte de Le film français (14 novembre 1997)

  • Agenda :

du 17 au 23 novembre 1997, journée de solidarité avec le peuple algérien, consacrée par le festival de Bastia au cinéma Algérien. Trois films algériens seront projetés à cette occasion : L’arche du désert de Mohamed Chouikh, qui fait partie des neuf films en compétition, La montagne de Baya de Azzedine Meddour, sélectionné au dernier Festival de Venise ainsi qu’un film de Mohamed Bouamari.

A signaler que Maïssa Bey, dont le premier roman Au commencement était la mer, a paru dans Algérie Littérature/Action n° 5, est membre du Jury.

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ISSN : 1270-9131