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100% Arabica de Mohamed Zemmouri

100 % ARABICA de Mohamed ZemmouriPar Denise Brahimi
Algérie Littérature Action N° 14

Le Zemmouri nouveau est arrivé! Après le succès mouvementé de De Hollywood à Tamanrasset et le demi-échec de L'honneur de la tribu, on attendait avec impatience 100% Arabica, pour rire un peu dans trop de drames. Résultat mitigé, semble-t-il, mais sympathique.

Qui ne “craquerait” lorsque Khaled sourit à belles dents, qui ne se réjouirait que Cheb Mami entre si bien dans le rôle du ténor joli garçon? Sans parler d’une langue savoureuse (il n’est pas inutile d’avoir un peu de vocabulaire au départ) et de l’idée même sur laquelle s’appuie le film de Zemmouri : la meilleure réponse aux intégristes pisse-froid et faux jetons est dans la joie irrésistible du raï et du  rap, que le spectateur partage lui aussi, se trouvanttransporté d’emblée dans une banlieue qui chante et danse (même si elle vole et “deale” également.)

Avec ces deux chanteurs et cette excellente idée, le film disposait d’atouts dont l’efficacité ne se dément pas. La question se pose de savoir pourquoi il déçoit cependant, alors même que le public est convaincu et ne demande qu’à adhérer. Une réponse générale consiste à dire que le comique populaire est probablement, en matière de spectacle, ce qu’il y a de plus difficile à manier, et qu’on a beaucoup de mal à prévoir quels seront les gags qui passeront et ceux qui ne passeront pas auprès du public. Pour que la farce soit bonne, il faut qu’elle soit de Molière : on voit la difficulté.

S’agissant du film de Zemmouri, on se pose quelques questions plus précises, qui ne retirent rien à la sympathie que le film inspire, mais qui relèvent à la fois d’une réflexion sur le comique et sur le cinéma algéro-français.

Pour commencer par celui-ci, il est certain qu’il est loin d’avoir épuisé les ressources du raï et qu’une bonne partie du public (ceux qui n’étaient pas encore initiés) sort du spectacle en se disant enthousiasmé par cette musique — ce qui est déjà un beau résultat!

Reste l’intégration au film des parties chantées et dansées, c’est-à dire l’invention d’une comédie musicale franco-algérienne. Affaire de rythme sans doute (dans le récit filmique — celui de la musique n’est pas en question!) : le genre donne l’impression de ne pas être au point. C’est l’inverse de ce qui se passe dans Le Destin de Youcef Chahine, qui met brillamment toutes les ressources de la comédie musicale égyptienne au service d’un combat contre l’intégrisme. Mais cela doit faire une bonne quarantaine d’années que Youcef Chahine pratique ce genre qu’il affectionne et qu’il a adossé aux principes de la comédie hollywoodienne.

Pour ce qui est des gags comiques du film de Zemmouri, ils relèvent plutôt de la citation de clichés, qu’il s’agisse de la famille africaine où tout le monde s’appelle Diop et utilise la même carte d’identité, ou de la fuite honteuse du chef intégriste dans un camion marqué “viande de porc”. Ce gag, le dernier du film, est d’ailleurs préparé si lourdement que personne ne songe à rire lorsqu’il aboutit.

En fait, le problème n’est pas qu’un gag soit prévisible et connu — il l’est généralement — mais qu’il soit traité avec soin et sérieusement, c'est-à-dire pris au sérieux par le réalisateur. Ce n’est pas le cas dans 100% Arabica, qui se contente le plus souvent de faire référence à ce qu’on connaît déjà.

On ne saurait dire du film qu’il raconte une histoire, puisqu’on voit d’emblée que la mosquée se vide au profit des concerts de raï et puisqu’il n’y a aucun doute sur le fait que Cheb Mami rejoindra Khaled pour le concert final.

Aucune intrigue, pas même une amourette : celle du producteur de raï avec la soeur de l’intégriste n’est guère que signalée. Le film a-t-il été fait trop vite? Sans doute, mais ce serait dommage d’en rester là car il aborde un genre riche de possibilités, et les suppôts de mosquée pourraient être à notre époque ce que les médecins de Molière étaient à la sienne — pour ne pas parler de Tartuffe —, mais il s’agirait alors d’un autre genre.

Sans doute faudra-t-il choisir plus clairement : ou bien les traiter en pures marionnettes, ou bien nous en dire plus sur ces intégristes à voitures décapotables et à djellaba : défendre la vertu des soeurs et  toucher l’argent de la mairie paraît un peu court comme motivation.

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ISSN : 1270-9131