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La véritable histoire de l’ogresse et de M’Quidèche, un conte de Rosa Aougbi

Algérie Littérature Action N° 49 - 50

Mon conte va se dévider comme le fil qui mène à la vérité. Mes amis, écoutez-le, savourez-le. A votre tour, racontez-le… J’en ai fait profiter mes deux fils qui ont tremblé pour le pauvre M’Quidèche. Que de fois, ils ont applaudi à la perte de l’ogresse en disant : « Bien fait, pour elle! ». A votre tour, réunissez un auditoire de têtes blondes et brunes… et que le bonheur s’installe chez vous!

Il était une fois dans un lointain pays, par-delà les montagnes et les sept mers, une ogresse terrible que tout le monde appelait "L'ghoula". Mais nous l'appellerons tout simplement "l'ogresse". En ce temps-là, les ogresses vivaient auprès des êtres humains, et leur passe-temps favori était partagé entre les tourments qu'elles infligeaient aux gens et l'aide qu'elles leur apportaient de temps à autre.

Parfois, ces drôles de créatures mangeaient les humains — il faut vous dire que les ogresses appréciaient énormément la chair fraîche. L'ogresse donc, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, ne pensait qu'à une chose : attraper M'Quidèche, le garçon le plus vaillant du village afin de le faire cuire dans une marmite et le manger en compagnie de sa fille Loundja. L'ogresse aimait beaucoup sa fille et faisait tout pour satisfaire ses désirs.

C’était une femme gigantesque; elle était grande, si grande qu'elle dépassait les oliviers et atteignait les cieux du sommet de son crâne. Elle était très forte aussi, ses pieds en foulant le sol y laissaient de profonds sillons.

Parfois, le femmes du village, après la fête du mouton ou "la grande fête" appelaient l'ogresse pour qu'elle les aidât à laver les peaux de moutons sacrifiés. Il faut vous dire, mes amis que, malgré sa férocité, l'ogresse savait se rendre utile en échange de quelques cadeaux : part de viande lors des fêtes, couscous au beurre, omelettes au miel, figues fraîches enveloppées dans leurs belles feuilles vertes, et bien d'autres bonnes choses encore. Mais ce qu'elle préférait par-dessus tout, notre ogresse, c'était bien sûr la viande fraîche. Elle lavait très bien les peaux de moutons et, en une seule journée, ses gigantesques pieds écrasaient, trituraient, piétinaient plus d'une cinquantaine de dépouilles. Pour s'aider à la tâche, l'horrible femme chantait en battant la mesure avec ses pieds, et ses mains quelquefois. Les gens des villages environnants entendaient alors comme un grondement de tonnerre. Les femmes hochaient la tête d'un air entendu, satisfaites que l'ogresse fût si pleine d'entrain.

L'ogresse avait une chevelure épaisse et formidable; une sorte de bouillonnement crépu s'échappait de son crâne et traînait jusqu'à terre. Dans ce brasier incandescent — l'ogresse teignait ses cheveux au henné tous les vendredis — s'agrippaient toutes sortes de bestioles immondes : crapauds verts et gluants, grenouilles coassantes et visqueuses, vipères venimeuses.

Toute une faune que l'ogresse mangeait aussitôt, car elle avait toujours très faim. Les buissons de ronces semblaient du velours auprès des cheveux de l'ogresse. Celle-ci n'était pas belle, elle était, pour tout dire, franchement laide et repoussante, laide comme un cauchemar, bonnes gens! Certains soirs, la lune, effrayée par sa laideur, se cachait derrière les nuages; l'ogresse qui atteignait les cieux tant elle était grande essayait, quelquefois, d'attraper la lune pour la donner à sa fille Loundja. Heureusement, la lune se sauvait toujours à temps.

L'ogresse levait parfois les yeux vers le soleil pour tenter aussi de l'attraper mais, avec lui, peine perdue! Aussitôt, Maître Soleil dardait ses rayons cuisants dans les yeux de l'ogresse qui, éblouie, était alors vaincue. Elle baissait la tête et s'enfuyait à grandes enjambées.

Ce qu'il y avait de plus terrible chez l'ogresse, mes amis, c'était son visage; un visage gigantesque où tout était effrayant. Mais dans ce visage, ce qu'il y avait de plus terrifiant encore, ce n'était pas les yeux, des yeux qui pouvaient distinguer une aiguille dans la nuit noire… , non, non.

Ce n'était pas non plus le nez qui savait sentir l'odeur de la chair fraîche de M'Quidèche son ennemi… , non, non. Ce n'était pas encore les oreilles qui percevaient à travers le tonnerre le bruit d'une feuille qui tombe… , non, non, rien de tout cela! Ce qu'il y avait de plus terrifiant dans ce visage, c'était la bouche.

Ah, mes frères, la bouche de l'ogresse! Comme elle était immense! Ses dents étaient en réalité des meules qui, au lieu de moudre le grain, écrasaient toutes les bêtes que l'ogresse attrapait et avalait d'un coup. Et lorsque elle était en colère, de sa bouche s'échappaient des bêtes terrorisées. Et, pire que tout cela, l'ogresse, dans ses colères furieuses, disait des paroles terribles, des imprécations, des jurons affreux. Et voilà ce qui arriva un jour… C'est donc ici que commence la véritable histoire de l'ogresse et de M’Quidèche.

Depuis quelque temps, l’ogresse avait très faim, plus faim que d'habitude. Son ventre était vide et elle n'arrivait pas à attraper le moindre petit lapin pour son déjeuner. Sa fille Loundja, belle comme un coeur, avait, elle aussi, très faim. Elle poussait de temps à autre des grognements de bête blessée en retroussant ses lèvres sur de magnifiques dents pointues. L'ogresse, toute ogresse qu'elle était, était bonne mère malgré tout, et se trouvait attristée par l'état de sa fille. Excédée par les plaintes de Loundja, elle se décida :

- Ma chère Loundja, aujourd'hui je te promets d'attraper M'Quidèche, et tu verras le festin que nous aurons toutes les deux. Tu peux commencer à aller chercher du bois pour faire du feu.

Ainsi fut fait. Loundja se rendit à la forêt voisine, pendant que sa mère ogresse nouait autour de ses reins une ceinture multicolore qui lui permettait d'aller plus vite dans ses courses lointaines.

M'Quidèche, notre vaillant garçon, était un malin. Il eut le pressentiment que l'ogresse ne tarderait pas à le chasser. En effet, il y avait déjà longtemps qu'il ne l'avait vue rôder dans la vallée. D'ailleurs, peu de temps après le départ de l'ogresse, M'Quidèche fut averti par des oiseaux depassage.

Il eut raison de se méfier…

« … d'un coup de pied furieux, l'ogresse se mit en devoir de déraciner l'arbre… »

 

Aussitôt, il se hissa sur la plus haute branche d'un eucalyptus feuillu et, telle une sentinelle, il se mit à scruter l'horizon pour voir venir l'ogresse. Celle-ci ne fut pas longue à atteindre la vallée. Derrière elle, un nuage de poussière tourbillonnait et emportait les arbres les plus fragiles.

L'ogresse ne marchait pas comme vous et moi, à pas mesurés. Non! Bonnes gens… Elle allait au triple galop, pieds nus et cheveux au vent.

En apercevant l'ogresse, M’Quidèche poussa un cri de joie. A chaque confrontation avec son ennemie, il poussait le même cri de joie, comme pour exhorter la peur qu'il ressentait un peu, quand même.

L'ogresse, souvenez-vous, pouvait entendre le bruit d'une feuille qui tombe, même à travers le grondement du tonnerre; aussi, n'eut-elle aucun mal à diriger son nez infaillible en direction de la voix tant espérée. Ses yeux perçants distinguèrent aisément le pauvre petit garçon. Et, c'est par un hurlement victorieux qu'elle aborda M’Quidèche.

- Ah! te voilà, misérable volatile, vaurien, fainéant!!! Voici deux jours que je parcours le pays en tous sens pour t'attraper. Mais, crois-en ma parole d'ogresse, cette fois-ci, je ne te laisserai pas fuir!

Et, d'un coup de pied furieux, l'ogresse se mit en devoir de déraciner l'arbre au sommet duquel s'était réfugié M’Quidèche. Mais M'Quidèche l'effronté tira la langue en direction de l'ogresse et lui offrit ses plus hideuses grimaces. Ce qui rendit l'horrible créature folle de colère. Elle saisit alors l'arbre à pleins bras et le secoua comme une vulgaire branche d'olivier. C'est ainsi qu'elle réussit à en déloger le pauvre garçon qui tomba lourdement sur le sol, sans se faire mal, heureusement. L'ogresse n'eut alors qu'à cueillir le fruit mûr et à le ficeler sur son dos pour qu'il se tînt tranquille durant le voyage de retour vers sa demeure.

M'Quidèche pleurait à chaudes larmes… Mais, hélas, mes bons amis, ces larmes ne servaient plus à rien. Il était bel et bien prisonnier de l'ogresse; et il savait qu'elle le dévorerait en compagnie de sa fille Loundja. A grandes enjambées, échevelée, elle traversait rivières et montagnes sans craindre aucun obstacle, et aussitôt qu'elle aperçut la fumée s'échappant du toit de sa demeure, elle accéléra le pas, heureuse d’y retrouver sa fille bien-aimée.

Loundja accueillit sa mère avec des grognements de joie; elle se mit à danser autour du feu, comme pour activer les flammes. L'ogresse se défit de son fardeau, et, malgré les cris et les supplications de M’Quidèche, elle alla chercher son grand couteau pour tuer le pauvre garçon. Mais elle se ravisa aussitôt, constatant que sa proie avait, malgré tout, besoin d'être engraissée.

Un peu en colère, elle dit à sa fille :

- Ah! ma chère Loundja! Je crois qu'il nous faudra attendre avant de goûter à la chair fraîche. Regarde ce pauvre garçon comme il est chétif! N'est ce pas pitié? Nous n'aurons que des os à faire bouillir dans la marmite. Je vais l'enfermer dans le grenier et nous l'engraisserons pendant deux mois.

D'ici là, j'irai attraper quelques animaux dans la forêt! Déçue mais obéissante, Loundja aida sa tendre maman à enfermer la victime dans la resserre.

M'Quidèche, ravi d'échapper quelque temps à son sort inexorable, remercia ses deux bourreaux en leur promettant même d'engraisser très vite afin d’être délicieux.

L'ogresse chargea alors sa fille de porter tous les jours les repas du captif. Au menu : miel, bouillon de légumes, semoule, lait, afin, disait l'ogresse, que M’Quidèche fût tendre sous la dent. Et c'est ainsi que Loundja, tous les matins, portait au prisonnier les mets choisis par sa mère.

L'ogresse, de temps en temps, allait s'enquérir de l'état de sa victime, et tâtait son poignet pour juger de la grosseur atteinte. Lorsque l'horrible femme demandait à M’Quidèche : "Alors, mon fils! Es-tu rassasié? Montre- moi ton poignet… ", celui-ci lui répondait d'une voix plaintive : "Ah! Mère ogresse! je suis toujours aussi maigre! Pitié pour mes os… " Et notre malin M'Quidèche, en guise de poignet, lui tendait une mince branche d'eucalyptus qu'il avait réussi à emporter avec lui en cachette.

Le subterfuge dura ainsi pendant deux mois, au cours desquels l'ogresse désespérait de jamais arriver à engraisser sa victime. Loundja, quant à elle, en eut assez de préparer des mets somptueux pour un vaurien pas même capable d'en profiter. Les deux femmes prirent la décision d'en finir avec leur prisonnier, et l'ogresse déclara à M’Quidèche :

- Tu n'es qu'une bouche inutile. J'ai tout fait pour que tu engraisses! Mais, tu sembles encore plus maigre qu'au premier jour de notre rencontre. De toutes façons, gras ou maigre, tu finiras au milieu d'un bon couscous que je m'en vais préparer dès maintenant. Tu passeras ta dernière nuit dans la remise et, au petit jour, je te saignerai comme un jeune coq, Loundja t'apportera ton dernier repas ce soir. Profite bien de la nourriture pour la dernière fois!

« … il la dépouilla de ses vêtements qu'il revêtit… »

M'Quidèche pleura, pleura, pleura tout ce qu'il avait de larmes dans le corps.

En claquant des dents, à travers un torrent de larmes, il pria pour que lui soit accordée l'inspiration d'une ruse libératrice.

Lorsque Loundja, le dernier soir, vint lui porter son repas, elle le trouva allongé par terre, gémissant.

- Ah! Ah! J'ai mal au ventre! Pitié, Loundja! Viens m'aider à me relever. Je n'ai plus de force

Apitoyée, l'ogrillonne s'approcha du prisonnier et, juste au moment où elle lui tendait la main, le garçon, rapide comme l'éclair, l'assomma et la tua aussitôt.

Il la dépouilla de ses vêtements qu'il revêtit; il se coiffa du fichu de la petite ogresse. Puis, il découpa Loundja en morceaux et la fit cuire dans la marmite, tout en achevant de préparer un couscous au beurre avec la semoule roulée par l'ogresse.

Comme l'ogrillonne était borgne, M’Quidèche eut soin de se bander l’œil pour que l'ogresse ne s'aperçût de rien.

Pendant qu'un délicieux fumet s'échappait de la maison, l'ogresse arriva. M’Quidèche-Loundja l'accueillit avec joie en disant :

- Bienvenue, Mère ogresse; je t'ai fait une surprise… En ton absence, j'ai préparé un délicieux repas; j'ai réussi à tuer une chèvre qui se promenait autour de la maison…

Ravie d'avoir une fille aussi avisée et serviable, l'ogresse l'embrassa. Mais étonnée de voir le bandeau sur l’oeil borgne, elle demanda :

- Que t’est-il arrivé, ma fille?

Et M’Quidèche répondit :

- Ce n'est rien, ma bonne mère ogresse; en allumant le feu, j'ai reçu quelques étincelles qui m'ont incommodée.

Puis, vint l’heure du dîner. M’Quidèche prétexta une grande fatigue et dit à l'ogresse de ne pas l'attendre pour commencer car il partirait se reposer avant de manger. L'ogresse, compréhensive, promit de lui laisser les meilleurs morceaux. Mais, oui! Vous l'avez compris, mes amis… M'Quidèche ne voulait pas l'ogresse que l’ogresse se rend”t compte du subterfuge en sa présence. Il se débarrassa donc des vêtements de Loundja et s'enfonça dans la forêt profonde pour rentrer chez lui. Il était déjà loin lorsque l’ogresse découvrit la sinistre farce. En effet, en dévorant à belles dents la viande, elle vit au milieu de son assiette un oeil à moitié ouvert. Elle s'en saisit et vit que c'était l’oeil de Loundja. Instantanément, elle comprit tout et fut épouvantée. Elle avait compris qu'elle venait de dévorer sa fille Loundja.

Elle avait compris aussi le subterfuge du repas préparé en son absence; elle avait compris le bandeau, l’oeil de la fausse Loundja, ainsi que la fatigue prétextée par M’Quidèche. L'épouvante, la folie, la rage, le désir de vengeance, tout cela fit de l'ogresse un volcan en éruption.

Bien entendu, M'Quidèche avait disparu, et elle ne le chercha même pas dans la maison. Elle entoura ses reins de la ceinture multicolore, et s'engouffra dans la nuit profonde. Ses cheveux s'accrochaient aux branches des arbres et faisaient comme un halo de lumière. Son nez, en alerte, se dirigeait sans se tromper vers l'odeur de sa proie. Ses yeux semblaient ignorer l'épaisseur de la nuit, et l'ogresse avançait comme en plein jour. Elle écartait les obstacles de ses longs bras interminables. Rien ne résistait à sa course folle; bêtes et gens se terraient en entendant le martèlement des pieds de l'ogresse.

Pendant ce temps, M'Quidèche courait, courait aussi vite que le lui permettaient ses petites jambes.

Mais il faut dire que le régime suivi chez les ogresses lui avait donné bien des forces. Pensez donc, mes amis, nourri royalement tous les jours sans se fatiguer!

De temps à autre, M'Quidèche apeuré, levait la tête vers la lune en l'implorant:

- Ô, lune haute, dis-moi où est l'ogresse, je t'en prie! Dis-moi où est ma maison que j'y passe la nuit!

Et, la lune compatissante, répondait :

- Va de l'avant, mon fils; l'ogresse n'a pas encore franchi le torrent; ta maison est droit devant.

Et M'Quidèche courait, courait, et l'ogresse le poursuivait, le poursuivait… Bientôt notre gaillard arriva devant un torrent, et il n'y avait aucun pont ou passerelle qui auraient pu l'aider à franchir l’obstacle. Le torrent était tumultueux à cette époque de l'année et charriait toutes sortes de choses: troncs d'arbres, branches, détritus… Affolé à l'idée de ne pouvoir passer, M'Quidèche pleura et se mit à implorer le torrent :

- Ô, torrent bienfaiteur! Je t’en prie, rétrécis et deviens gentille rivière.

L'ogresse a juré de me manger comme elle a mangé sa fille Loundja. Je t'en supplie, torrent ami, aide-moi à fuir…

Et, comme par enchantement, le torrent arrêta tout d'abord son grondement tumultueux; puis, il se mit à rétrécir, rétrécir, tant et si bien qu'il ne fut plus qu'un ruisselet inoffensif où dansaient les reflets de la lune.

Alors, M’Quidèche sauta à pieds joints le ruisselet et remercia le torrent, ami. Puis, il continua sa course effrénée pour échapper à la vengeance de l'ogresse. Le torrent reprit alors sa forme menaçante.

Quelques longues heures plus tard, l'ogresse arriva, poussée par le vent et guidée par son flair carnassier. Elle vit le torrent bouillonnant, et essaya de le franchir en nageant. Mais peine perdue. A chacune de ses tentatives, l'ogresse était impitoyablement rejetée vers le rivage, comme poussée par une force magique.

Folle de rage à l'idée que M’Quidèche pût lui échapper à cause de ce torrent de ce malheur, elle se mit à injurier l'obstacle. De sa bouche sortaient, en même temps que des crapauds et des grenouilles, des paroles horribles :

- Ô, torrent de malédiction, laisse-moi passer ou je t'engloutis! Tu n’es qu'un vulgaire ruisseau plein d'immondices et de boue! Je n'ai pas peur de toi… Je t'avalerai comme j'avalerai M’Quidèche!

A ces mots, le torrent furieux, redoubla de violence. Des vagues énormes et boueuses commencèrent à se former à la surface de l'eau, et le torrent gagna en étendue. Ce n'était plus un torrent, c'était un volcan En un instant, l’ogresse fut attirée au milieu des flots par un formidable courant. Elle se débattait comme une damnée dans l'eau tout en insultant le torrent. Plus elle se débattait, plus elle était emportée par le courant ainsi qu’une petite feuille sur l'eau. Alors, le torrent qui en avait assez d'être ainsi maltraité, décida d'en finir avec cette satanée ogresse.

Une vague violente, tel un raz-de-marée, recouvrit l'ogresse, qui tenta une dernière fois de surnager. Mais, malgré sa force, l'ogresse succomba à la violence du torrent. On ne vit plus alors que son épouvantable chevelure au-dessus des flots. Après quelques soubresauts, l’ogresse, vaincue, se noya, et fut emportée vers la mer.

Ce fut à cet instant que la ceinture multicolore se déploya peu à peu; soulevée par une légère brise, elle s'éleva doucement vers les cieux. On prétend que c'est depuis ce jour que l'on peut apercevoir un arc-en-ciel après la pluie. Le lendemain, les gens du village en voyant la ceinture multicolore zébrer le ciel, comprirent que l'ogresse avait péri…

Après la disparition de l'infernale créature, le torrent reprit sa forme paisible, et tout redevint calme. Pendant ce temps, M'Quidèche courait toujours, croyant être talonné par son ennemie. Et lorsqu'il demanda pour la centième fois à la lune : "Ô, lune haute!, dis-moi où est l'ogresse, je t'en prie… Dis-moi où est ma maison que j'y passe la nuit… ", la lune dans son bel éclat protecteur lui répondit : "Ne crains rien, mon fils! L'ogresse n'a pas franchi le torrent, car elle est morte à présent… Va droit devant, ta maison t'attend… "

M'Quidèche comprit alors qu'il était sauvé… Peu à peu, la lune se cacha derrière les nuages car le soleil commençait à se lever. Et c'est au petit jour que notre vaillant garçon atteignit sa demeure.

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ISSN : 1270-9131