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Entretien avec Safy Boutella

Par A.C
Algérie Littérature Action N° 14

- Algérie Littérature/Action — Si vous deviez faire une pause et regarder un peu en arrière, qu’est ce qui vous viendrait tout de suite à l’esprit?

- Safy Boutella — C’est d’abord que j’ai mis dix ans à faire un disque. A Alger, c’était impossible, depuis que je suis en France, j’en ai fait deux coup sur coup, c'est dire! Ensuite, disons qu’à Alger, j'avais le sentiment réel d'avoir un chantier, de construire. Aujourd'hui, en France, j'ai l'impression qu'il a disparu, ce chantier, ou alors, disons qu'il est différé. De toutes façons, je me retrouve toujours dans des problématiques ou des projets proches de chez nous, que ce soient des musiques de films, des concerts, ou autre chose.

- A L/A — Comment vous sentez vous par rapport à la musique algérienne, comment y définir votre place?

- S. B. — Dans ce paysage musical, je me sens comme un électron libre. Quand je suis rentré des Etats-Unis, en 1980, j’ai trouvé de la musique traditionnelle que je connaissais mal. J'y suis arrivé par le chemin de la tendresse, apprendre, comprendre, écouter sans prétention de patriotisme aucun. C'était juste de la musique qui me parlait à moi, Algérien.

J’avais toujours en tête le modèle que je pouvais représenter: les oreilles peut-être beaucoup plus remplies que d’autres, et donc, forcément quelque chose à partager. Je me sentais comme une éponge, avec beaucoup de sportivité devant les choses. En même temps j’ai été reçu de travers par l’intelligentsia algéroise de l’époque. J’ai dû me battre très fort pour tenir. Au lieu d'écouter ma musique, ils jugeaient sans voir : "il vient d’Amérique, son père est colonel".

Ma première arme a été la musique de films, grâce à ça, j’ai pu faire partie du milieu intellectuel et artistique. Il me fallait une base, je devais me garantir une trajectoire de constructeur. C'est pour ça qu'en Algérie j’ai été de tous les milieux : Ryadh El Feth, la Casbah, le milieu raï, partout où je sentais que je pouvais poser une pierre, avec émotion.

Ma plus grande expérience en Algérie a été la découverte des Touareg, c’est pour moi la référence la plus simple et la plus savoureuse: pureté, sable et vent. C’est mon seul lien tellurique avec l’Afrique, le plus beau rappel avec la terre de mon pays.

- A L/A — Ensuite, arrivé en France, vous sortez votre premier album, Mejnoun?

- S. B. — Nuance, avant ça, il faut citer Kutché, avec Khaled, qui est le départ du raï d’aujourd’hui. A cette période , le Raï était aux antipodes de ma musique, j’y ai trouvé un feeling très fort, mais hélas aussi beaucoup de désordre… Je crois que j'ai apporté un certain sens de la discipline, du travail.

- A L/A — Pourquoi tout ce temps entre vos productions?

- S. B. — Je ne suis pas un mec pressé. Si Mejnoun est sorti quatre ans après Kutché, c’est qu'entretemps j’ai dû survivre, chercher mon langage, rassembler ma tête. L'exil pour moi, c'est être en suspension, il y a de la douleur certes, parfois anesthésiante, mais aussi de la magie, car ça devient poétique, d'un coup. Oui, l'exil ressemble à ça pour moi : une suspension. En plus il y a les événements, ça provoque chez moi un sentiment de blocage et de réflexion. Je ne veux pas faire n’importe quoi. Je cherche des choses qui ont du son et du sens à la fois.

- A L/A — Des choses concrètes dans l'immédiat?

- S. B. — Oui, une manifestation événementielle avec les Touareg, une grande fresque, le 31 décembre à Naples "Sud du monde", ce jourlà. Juste après, un album personnel courant 98, où l'on verra où j'en suis dans ce que je fais.

- A L/A — Quels sont vos soucis quant à l'Algérie aujourd’hui?

- S. B. — Les enfants d'Algérie me manquent jusqu’aux larmes, rien n’a de sens si ce que l’on peut produire ne leur arrive pas, ça ne construit pas, ça ne sert pas à grand chose. C’est l’urgence qui me fait parler ainsi. J’ai de la peine aussi en pensant aux vieux qui se sont battus pour cette terre et qui risquent de partir avec leurs rêves en morceaux. Tout cela participe du blocage dans lequel je me trouve aujourd’hui. Mais c’est en même temps une source d’énergie considérable, je transforme, ça devient des choses de bonheur à donner. .

- AL/A — Il y a toujours de la colère chez vous?

- S. B. — Oui, contre nos dirigeants qui se sont toujours foutus de la culture et qui se retrouvent aujourd’hui responsables du géno-cide. Il avaient pour mission de représenter les pères de l'Algérie, ils ont failli à leur tâche. Je ne peux pas respecter un père qui ne s’occupe pas de sa famille, qui laisse ses enfants livrés à eux mêmes. Mais je compte sur l’Algérie.

Lire aussi:  Safy Boutella, le son et le sens Par A.C

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ISSN : 1270-9131