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Parfois l’échancrure d’une chanson

Anouar BenmalekPar Anouar Benmalek*
Algérie Littérature Action N° 12 - 13

Parfois l’échancrure d’une chanson que tu pressais entre tes paumes une lame placée sous mes pleurs me faisaient prendre le chemin imprévisible d’une branche J’ouvrais les yeux et je n’arrivais plus à croire en la beauté impardonnable du monde à son sillon dans ma main à ses figures de Barbarie La peur ne m’a plus quitté de ne jamais comprendre de passer à côté de ces séquoias désemparés qu’on emmenait humiliés se noyer par-delà les isthmes d’ignorer jusqu’à l’aiguille de douleur qui enivrait sans rémission la danseuse et sa lente perfection Je voyais ce coeur à travers la hache ayant vécu et finalement ne l’ayant pas

Te souviens-tu quand je t’aimais et que tu m’aimais des soifs qui nous animaient Sous l’huître du jour nous en avions pourtant convenu L’ortie du sable était brûlante et la rosée nous écrasait Tu avais le goût d’un ventre andalou qu’une minute de Guernica n’a pas encore terni La nuit dans notre coquille défaite où ta présence était nos draps tu me faisais en riant un collier des castagnettes de sommeil

Tu étais la fable d’avant l’assassinat la chair du matin Je prenais la lumière je ne la volais pas et la pluie était mon amie Pourquoi ce chemin tortueux cette escalade obstinée de notre incompréhension quand toute rage est une chute La poésie était-elle pour moi à cette époque une autre vie ou comme une danse à Civa me permettait elle de rôder autour de toi

Et quand je t’ai quittée

Dans ma tête tanguent des cahiers bleus naufragés sur des bancs solitaires j’ai pu être confiant cela se peut par impossible L’institutrice était jolie un gros pâté d’encre parait son sourire Il me revient encore des crissements peut-être le porte-plume Je nageais dans ton aisselle La mer était dense nulle île ne la valait j’avais le mal de mer et j’étais ravi Ta robe était si légère c’était ta peau c’était ta chance j’étais dans un bois qui sentait bon Tes seins en tremblaient un peu J’ai toujours désiré garder l’institutrice mais je l’ai rencontrée ce n’était pas elle elle n’était pas belle Les I et les A m’ont piqué le coeur Nous aimions l’encre tous deux et nous faisions des paris à qui en boirait le plus Malgré cela tu t’es d’emblée imposée comme la composante fondamentale de ma trilogie Tu avais la couleur de l’orange tu diffractais ma réalité tu faisais de mon avenir une gorge qui n’est plus à demain

Et quand je t’ai quittée

Je t’ai souvent fait l’amour tu étais incontournable mon silex d’après le feu Ma tempe était en sueur au contact de ton genou Un soir les algues et le sel il y a de cela très longtemps m’ont rendu heureux J’étais seul pourtant D’autres fois j’ai vu le soleil jouer au tambour avant de s’endormir et la terre s’éclabousser des désirs de son corps moite Je ne sais pourquoi aujourd’hui tout cela vient se confondre en moi avec un bateau coulé à Tyr dont on ne voyait que les deux mâts sauvages surnager Des essaims de cormorans piaillaient à qui mieux mieux Le ciel mâchait tranquillement ses poissons de paille

Et quand je t’ai quittée

Même si après j’ai pu tricher avec d’autres souffles d’autres éclats de verre quand je n’ai pu qu’y retrouver ta folle géographie particulière de ton espace propre ton odeur de navire et de coquillages J’ai bruissé d’hirondelles au poids de ta jambe sur la mienne J’exultais et je ne bougeais pas de crainte d’avoir moins mal La neige était brûlante des pas de l’attente j’avais perdu toute connaissance des cendres qu’à tes yeux j’avais recueillie De trop mal t’aimer de trop fort t’aimer j’ai fini par avoir peur de passer à côté de tout cela du versant de la colline de ta jupe effarée du milan qui planait en moi de cette dureté des choses quand je cherchais à m’y fondre de ne plus comprendre l’inutilité de la rivière

Quand je t’ai quittée

Tout était fini

Rien n’était fini

Mais je n’avais plus beaucoup de temps

Paris, juin 1980


* Ecrivain

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ISSN : 1270-9131