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“ On choisit pas sa mère ” ou “ Portrait d’un homme drapé devant un paysage de sable, de mer et de soleil ” : Souvenirs sur Albert Camus

Albert CamusPar  Jean-Pierre Benisti *
Algérie Littéraure Action N° 67

Notre tâche est de réhabiliter la Méditerranée…Un mouvement de jeunesse et de passion pour l’homme et ses oeuvres est né sur nos rivages. De Florence à Barcelone, de Marseille à Alger, tout un peuple grouillant et fraternel nous donne les leçons essentielles de notre vie. Albert Camus (Extrait du prospectus de présentation de la revue Rivages, 1939).

La voix insinuante de Clamence n’a pas fini de chuchoter et de souffler sur l’immense bénitier où baigne notre siècle. Les brumes du Zuiderzee flottent sur le Chenoua comme sur les forêts d’Amazonie. Il n’est plus de terre vierge du pêché. O coeur grec, où est ton innocence? Où ta sérénité? Mais, furent-elles jamais? Roger Quillot (La mer et les prisons, Gallimard, collection “ Les Essais ”, Paris, 1970)

Avant-propos

“Portrait d’un homme drapé devant un paysage de sable, de mer et de soleil ”, tel est le premier titre que Louis Bénisti avait donné à ses souvenirs sur Albert Camus. Mais après avoir écrit la plupart de es textes, il opta pour “On choisit pas sa mère ”, insistant sur la faute grammaticale, ce genre de faute d’usage courant dans le langage folklorique des Français d’Algérie.

Ce recueil de textes reprend pour l’essentiel une première ébauche écrite en 1985 à la demande des “Rencontres Méditerranéennes de Lourmarin ”, invitant Bénisti et ses amis à participer à des conférences organisées sur Albert Camus. La causerie de Louis Bénisti y débuta ainsi : “Témoin de notre temps, nous venons apporter à l’illusion du présent la transparence des souvenirs. Il a aimé le ciel sous lequel il est né, le sable qui le reçut et la mer toujours présente au paysage. Paysage d’enfance regretté à travers lequel passent des personnages plus évoqués que nettement dessinés. C’est donc d’eux-mêmes que les témoins vont témoigner de ce qu’ils ont vu, senti, entendu, respiré, goûté. ”

Pour Louis Bénisti, parler de son ami, c’était en quelque sorte parler inconsciemment de luimême. Les lecteurs des lignes qui vont suivre doivent être avertis qu’il s’agit de souvenirs épars et ne constituent nullement une biographie à caractère historique. Ce que nous chercherons à travers ces textes ne seront pas des preuves, mais des traces puisque “Seules les traces font rêver ”, disait René Char 1.

Ces instants recueillis qui ont résisté à l’oubli ont pu être remaniés et reconstruits selon des processus mentaux que les philosophes et les psychanalystes ont bien décrit.

La plupart des faits rapportés dans ces textes se situent dans l’Algérie des années 30. L’Afrique du Nord a toujours gardé, vis à vis de l’Europe, une position insulaire2. Elle se situe “entre les deux déserts du sable et de la mer ”, pour reprendre une expression d’Albert Camus. Cette position insulaire a permis (et parfois imposé) aux artistes et écrivains de ce pays de rester sur les lieux, alors qu’en France métropolitaine, il était courant de “monter ” à Paris.

C’est ainsi qu’Alger devint un foyer de haute culture. Vers 1933, ayant abandonné son premier métier de joaillier, Louis Bénisti fréquenta l’Académie Art (dirigé par le peintre catalan Alfredo Figueras). Il y rencontra Jean de Maisonseul qui lui présenta Max-Pol Fouchet3 et ce dernier leur fit connaître Camus.

Maison seul, homme très raffiné, peintre et urbaniste de talent, fut un immense catalyseur de la culture en Algérie, et il faudra rendre hommage à cet homme récemment disparu sans qui grand nombre d’architectes ou d’écrivains n’auraient pas été ceux qu’ils ont été.

Au groupe composé de Maisonseul, Bénisti, Camus et Fouchet, se joignit un jeune étudiant en architecture, Louis Miquel qui, par la suite, fréquentera l’atelier de Le Corbusier et deviendra un grand architecte.

La personnalité d’Albert Camus exerça une sorte de fascination sur ces jeunes artistes. Louis Bénisti fut profondément marqué par ses longues conversations avec Camus pour lequel il eut et gardera une profonde affection. Lorsqu’Albert Camus partit pour Paris, sa pensée demeura au sein du groupe des amis d’Alger et maintint entre ses membres une sorte de complicité. Ils se disaient toujours : “ Qu’en pense Camus? ”

Après sa disparition (le 4 janvier 1960), ces mêmes amis continuèrent à se réunir, notamment dans la galerie d’art que dirigeait Edmond Charlot. C’est là qu’ils émirent le projet de rendre un hommage à Camus par l’érection d’une stèle à Tipasa. La décision définitive fut prise à Lourmarin par Francine Camus, Jean de Maisonseul, Louis Bénisti et Louis Miquel. Ce dernier reçut mission de trouver à Tipasa l’emplacement qui conviendrait à une telle implantation. Le site choisi était placé sur une ligne joignant le sommet du Mont Chenoua au Tombeau de la Chrétienne. On fit appel au talent de sculpteur de Louis Bénisti pour graver, en caractères romains sur une pierre antique, une phrase de Noces : “ Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure ”. Ce choix eut l’accord de René Char et de Jean Grenier.

L’installation de la stèle fut confiée à Louis Miquel qui l’effectua avec l’aide, tout à fait amicale et désintéressée, de l’entrepreneur Alfred Espert. Son inauguration eut lieu le 29 avril 1961 à une époque particulièrement troublée par la fin de la guerre d’Algérie. À cette émouvante cérémonie assistait un petit groupe d’amis4 qui, peu de temps auparavant, étaient présents à l’inauguration d’un magnifique centre culturel à Orléansville (Chlef, aujourd’hui). Ce bâtiment, oeuvre des architectes Louis Miquel et Roland Simounet, allait bientôt recevoir le nom de “Centre Culturel Albert Camus ” 5.

En 1985, lors de la conférence que Bénisti fit à Lourmarin, ce dernier lançait un avertissement aux auditeurs: “ Pour l’heure, si nos propos sont légers et même nous incitent à rire, ils seront le meilleur écho de la désinvolture et du petit chahut dans lesquels notre ami exposait ses inquiétudes, ses angoisses et traitait les sujets les plus sérieux comme d’un Envers et d’un Endroit qui tantôt prenait la gravité de la tristesse, tantôt s’éclairait du rêve et de la joie ”.

Ces propos illustrent parfaitement, me semble-t-il, l’esprit des textes qui vont suivre.


1  “ Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver ” René Char.

2  Alger se dit en arabe “ El-Djazaïr ” signifiant “ les îles ”, tout comme le nom latin Icosium. Alger se situe sur un amas d’îles rattachées à la terre ferme. Jean Grenier (1898-1971) a d’ailleurs écrit un beau livre intitulé Les Iles (1ère édition : Gallimard, Paris, 1933) qu’Albert Camus a préfacé (réédition revue et corrigée, 1959).

3 Max-Pol Fouchet (1913-1980) relate ses souvenirs dans Un jour, je me souviens, Mercure de France, Paris, 1968.

4 Il s’agissait de : Louis et Jeanne Miquel, Charles et Alice Poncet, Alfred Espert et sa femme, Jean-Pierre et Jeanne Faure, Roland Simounet, Edmond Charlot, Jean Bossu, Marcel Mauri, Maurice Girard, Edmond Brua, Marcelle Bonnet-Blanchet, Pierre-André et Germaine Émery, Jean et Mireille de Maisonseul, Louis, Solange et Jean-Pierre Bénisti.

5 Camus s’était intéressé à la construction de ce centre et notamment de son théâtre. Roland Simounet rapporte les entretiens qu’il eut avec Camus à ce sujet dans Traces écrites, Éditions Domens, Pézénas, 1999.

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ISSN : 1270-9131