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Une guerre coloniale qui ne dit pas son nom

Leila SebbarPar Leïla Sebbar*
Algérie Littérature Action N° 57 - 58

Si on regarde une carte géographique, si la carte est précise on voit : Israël avec en enclave la Cisjordanie, au bord de la mer près de l’Égypte, la bande de Gaza ; les “ Territoires ” sous contrôle palestinien, dispersés, cernés par des “ Territoires ” sous contrôle mixte et à l’intérieur de la Cisjordanie entière, déjà si minuscule, en chaînes, en grappes, parfois isolées, les colonies juives, cent vingt environ.

Si on sait que des routes sont construites pour joindre l’une à l’autre les colonies, que ces routes sont surveillées et gardées par des soldats israéliens, pour certaines interdites aux Palestiniens, réduits à habiter les 22% de l’ancienne Palestine…

Alors on peut lire la carte politique d’une colonisation qui ne veut pas dire son nom. Car comment nommer autrement l’occupation israélienne de la Cisjordanie depuis 1967 où vivent les Palestiniens chassés de leur pays, la Palestine, par le nouvel État créé en 1948, on sait avec quelle violence.

La violence n’a pas cessé.

Depuis plus de cinquante ans, au nom d’une politique sécuritaire, les gouvernements israéliens successifs occupent une terre qui ne leur appartient pas, implantent des colonies de peuplement sur des superficies confisquées, en toute illégalité. Leur droit, c’est la force militaire, leur droit c’est le non-droit et le silence international, complice. Chaque colonie (les politiques parlent de colons, de colonies et refusent de nommer cet état de fait, imposé aux Palestiniens : la colonisation) symbolise l’injustice manifeste, réitérée, pratiquée par les gouvernements de droite et de gauche, malgré les dénégations des travaillistes et leur double discours. De négociation en négociation, d’un accord à l’autre, rien ne change. L’occupation militaire se durcit, l’armée israélienne continue à raser maisons, vergers, mosquées, elle assassine (de jeunes soldats visent au coeur, à la tête de jeunes Palestiniens du même âge avec frondes et pierres) légalement, en armée officielle, toute puissante, et impunément, des civils palestiniens.

Elle procède à des liquidations revendiquées par le pouvoir israélien (des meurtres, des crimes de guerre qu’il faudrait qualifier de crimes contre l’humanité) de suspects, des exécutions sommaires qui ne soulèvent pas la moindre protestation (on n’entend plus les militants du mouvement de la “Paix Maintenant” en Israël, les manifestations de protestation pour les Droits de l’Homme et contre les exactions coloniales caractérisées du pouvoir militaire israélien, ou les attend en Europe, après celles qui ont marqué la guerre russe en Tchétchénie, la guerre serbe en Bosnie… ).

Qui condamne, aujourd’hui, le déni des droits des Palestiniens signés au cours de multiples négociations ?

Qui condamne ce qu’on doit nommer une guerre coloniale ? On retrouve tous les signes réels des colonisations antérieures, ces signes refoulés et qui surgissent combien d’années plus tard… au nom de la vérité que les politiques ne veulent pas entendre aujourd’hui, en Israël et aux États-Unis, l’Europe commence seulement à ouvrir les yeux… dessillée par le travail de mémoire de ses citoyens, la France en particulier qui ose enfin nommer “ guerre coloniale ” les “ événements d’Algérie ”…

Qui condamne cette guerre contre des civils palestiniens, avec missiles, roquettes, aviation sophistiquée, hélicoptères performants, frappes chirurgicales et “ dégâts collatéraux ”… La quatrième armée du monde intervient contre des civils qui demandent justice, qui veulent un État, une terre, leur terre, et la liberté de vivre et de gérer une nation. Des civils armés pour certains, pas tous, des armes archaïques et l’arme des faibles, le Kamikaze où le jeune résistant meurt avec les autres civils qu’il tue de l’autre côté. Comment les Palestiniens peuvent-ils se défendre contre l’armée d’Israël et la politique criminelle de Sharon, contre des implantations cyniques et programmées de colons qui réduisent chaque jour l’espace vital des Palestiniens, qui détournent l’eau pour leurs champs et leurs vergers, quand des milliers d’oliviers, d’orangers sont écrasés, arrachés par des machines de guerre ? Jusqu’à ce que la terre de Palestine (ce qui en reste) ne soit plus habitée par un seul Palestinien ? Une seule Palestinienne ?

Comment dans ces conditions, répéter que la violence est la même d’un côté et de l’autre ? Dans une guerre coloniale, chacun sait que la violence de l’occupant, du dominant militarisé, d’une armée criminalisée, au nom de la raison d’État, devient la violence d’un État de non-droit qui persécute et assassine des citoyens qui luttent avec leurs moyens pour leur liberté et la libération de leur territoire.

Si on ne veut pas que les Jeunes Palestiniens se kamikazent et avec eux des civils israéliens, il faut exiger une solution politique : mettre fin à la colonisation, démanteler les colonies pour engager de nouvelles négociations. C’est à ce prix que Israéliens et Palestiniens pourront vivre en citoyens libres. Et un jour vivre ensemble.


 

* Écrivain — derniers titres publiés : La Seine était rouge, Paris octobre 1961, roman (T. Magnier); Une enfance Outremer, recueil collectif (Points virgule, Seuil, 2001).

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ISSN : 1270-9131