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Les hirondelles…

Par Dahmane Alban Boukelif
Algérie Littérature Action N° 47 - 48

« Je vous envoie ce texte qui relie le Rap algérois au mouvement des chômeurs de Marseille ainsi qu’aux Indiens zapatistes… »

Les hirondelles se font belles dans les rues d’Alger.

L’Algérie est entre l’urgence d’oublier et le devoir de mémoire.

Se maquiller ainsi, l’ardente, sans oublier que l’homme n’est pas obligatoirement humanité. La violence est un drame antique en Algérie.

La mer est un interdit. La mer est un bateau. La mer est une mouette qui donne des invitations.

 

De ma fenêtre de banlieue, j’envoie un baiser au loin, en l’air suspendu ainsi qu’une muse en attente de son bal musette. Mon poème oscille entre le cri et la démesure de l’utopie. Entre la critique et l’affirmation.

L’arbre et l’oiseau ne font qu’un. Le sédentaire et le nomade se marient.

L’arbre est vertical, l’oiseau un trajet.

J’entends Barbara chanter « un jour nouveau se lève… » J’entends les militances amoureuses. Essayer de vivre au jour le jour, la journée. Vivre comme le dit une sentence bouddhiste « pour extraire de l’eau du désert ».

Mon drapeau est une barque. Un radeau d’infortunes diverses. L’éternel retour de la révolution astrale. La beauté est en attente d’elle-même.

Dieu est un boxeur sonné. Sous les ponts je désignerai les clodos comme les nouveaux rois dans un carnaval rageur. L’arbre est une page d’écriture, l’arbre a des plumes d’oiseau.

Marseille a Eros métèque comme fondateur. Brassens, le chômeur de longue durée, plante ses mots dans le micro. Il arpente le langage de ses souliers usés. Il insulte le silence de son corps fractionné auquel les tenants et les aboutissants le réduisent.

Le chiffre se met à jacter. Il joue son numéro à n’être plus un chiffre mais une parole qui doit assumer sa part utopique. Le langage ne doit pas demeurer revendicatif, il doit s’inventer, devenir explorateur.

L’étranger au monde moderne c’est le chômeur. L’enfant du chômeur a un avenir truqué.

Des jardins luxuriants nés des caresses s’envoie le cri libérateur. La terre réclame son osmose avec elle-même. L’utérus mythique fait entendre la clameur de l’accès à l’existence.

Le volcan comme un feu longtemps braqué souffle par saccades le Rap algérois.

En Algérie le meurtre de l’enfant est le meurtre d’une nation toute entière. ABD el Kader fume comme ça crache les fumées d’usine. Il a les veines colériques. Il ignore les 800 000 ouvrages brûlés de la bibliothèque d’Alger pendant la guerre. Puis, ainsi qu’une terre gelée devenant source de voyance pour les amants, il débite des mots de vérité en des séquences balistiques.

La bastos est la mesure de toute chose. Les mots d’Abd el Kader sont de survie. Une flamme étoile filante souveraine. Il décompte la fatalité qui plane. L’Algérie a banni ses mots utopiques. La France les a corrompus.

Seule une poignée de porteurs de paroles surgissent, ici ou là : Brassens est le frangin d’Abd el Kader, qui est le cousin de Cochise, l’Indien zapatiste.

Les mots de ce dernier sont vieux et vigoureux comme le baobab. Ses mots sont ceux de l’oiseau, une autre histoire possible. Trop pauvre pour s’armer, il fait du mot son utopie immédiate. Je parle malgré le pruneau qui peut m’abattre. Je suis déjà vainqueur. Mort je volerai à nouveau, renouvelant mon plumage… Mon bec, ma bouche. Le mot qui me prolonge et me fraternise.

Un langage offrande à la terre, accueil. L’hospitalité de la matrice fut un fondement du langage. Avec l’oiseau pour chant de prière.

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ISSN : 1270-9131