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Les Pétales écrasés

Par Ahmed Bouguarche
Algérie Littérature Action N° 45

Souvenez-vous
Des hommes sortis de nulle part
La mort dans les mains
Coups de poing
Coups de feu
Ils viennent de déguiser le soleil
La nuit est tombée dans plusieurs maisons
Jeunesse muselée d'avoir rêvé de LIBERTÉ

Souvenez-vous, souvenez-vous
La QUESTION est de retour
L'humiliation suivit la blessure
La rupture se consomma
La déchirure aux larmes suspendues
Brisa la lune et les rêves
De nouveau le vent de sable balaya le désert
Les gazelles
Souvenez-vous, souvenez-vous
Les ninjas sillonnent la ville
Un mot et tu meurs
Un silence et tu es traître
La parole s’étrangle entre les murs
Les voix se sont tues
Les meilleurs sont déjà partis
Souvenez-vous, souvenez-vous.
Ma soeur, ma soeur
M'entends-tu?
Elle n'entend que les ordres
Habituée à l'impératif
Elle a oublié la douceur
Ma soeur au corps voilé
Au sexe violé chaque soir
Porte fermée et dans le noir
Ma soeur, je te demande pardon
Du mal que mes frères
Chaque jour perpétuent
Ma soeur au coeur d'or
Au regard perdu
Dans les brumes d'une société
Où le masculin se conjugue à tous les temps
Ma soeur, ma soeur
Ouvre tes oreilles et réponds-moi
Je n'ai pas oublié
La froideur du mâle
Regardant sa femme, le mépris sur les lèvres
Je n'ai pas oublié
Les rudes paroles du patriarche
Aux femelles du gynécée
Comment pourrais-je oublier?
Quand mes soeurs à l'acide sont arrosées
D'avoir osé s'habiller
Dites-moi comment vous les lâches
Au vitriol, à la mitraillette, au couteau
Faites subir à mes soeurs l'inquisition
J'ai oublié
Qu'il peut y avoir des déserts dans les yeux de nos filles
Dieu que c'est triste d'être femme
Le pays des Imazighens est devenu la prison de nos femmes.
Je m'étais promis
De lutter jusqu'au bout
Erreur
Lâcheté ou peur
Fuite en avant
Toi Ourida, fleur de mon coeur
Nfissa, mon souffle, mon âme
Fatiha à l'ouverture du verbe
Zahia la bienheureuse
Que de rêves brûlés
Que d'espoirs inachevés
Maison, prison fixe
Voile, prison mobile
Voiture, prison en tôle
Le fer sur vos têtes
Dévoilées, haram
Dehors au travail, déshonneur
Dedans, enfant sur enfant
La trentaine, fin de la vie
A quarante, plusieurs fois grand-mère
La ménopause
De blanc habillée
Circulant libre et respectée
Va! tu n'as plus de sexe.
Le soleil tombe en lambeaux
La cécité gagne en vivacité
Jeunes, vieux, jeunes-vieux plutôt
L'illusion échappée
De vos rêves mal réveillés
L'espoir, mot perdu
Banni du vocabulaire quotidien
Que reste-t-il?
Le verbe se brise
La trahison et le silence
La banalisation de la mort
Les jours sans lumière
Les nuits qui commencent très tôt
A plusieurs entassés
Une chambre trop exiguë
Pour contenir la colère
La lune aux rayons invisibles
Sur vous a tourné le dos
Silence, cris, larmes
Morts, morts, morts
Des deux côtés
La déchirure est là.
Tragique espoir au feu de la jeunesse
Tu martèles les rires et les chants dans tes pleurs et ton horreur
Quel passé?
Le passé sans passer qui passe après le futur dans la rage, les
réprimandes et les trottoirs
De tes villes sales et grouillantes, rampantes comme des fourmis qui
bourdonnent au long des jours sans lumière
L'aveugle est roi dans tes rues sans vie
Où la marche des pèlerins assourdit sa vue
Dans tes maisons fermées à la vue de la mer
Te souviens-tu du passé?
Quel passé?
Celui que tu as toujours eu dans tes poches vides, dans ton regard
absent et dans ta tête pleine de cauchemars et de faim
Et ce jour rempli de ce tragique espoir
Tu t'es jeté du haut de la balustrade voulant échapper à ton jour
C'est ta nuit qui apparut devant toi
Haine et méchanceté
Tes yeux ouverts sur le trou où tu retombais encore plus profondément
à l’âge de la vieillesse
Dans tes chambres entassées de chair pourrie où s'ouvrent de grandes
bouches dont la voix est espoir tragique
Pleurs sans larmes pour laver ton visage des ombres de tes jours.
Que de fois je te rêvais laide et sale
Méchante à déchirer les rues de ton odeur mortuaire
Je te rêvais au-delà du mur du silence dont je crains la brisure
Ton absence est là dans sa permanente présence
Souffle sa rage sur les voix et les courants mouvants
Tu insultes les espoirs et réapparaît sale et laide dans tes habits
du dimanche allant enterrer quelques-uns avant la fin de l'innocence
Odeur de souffre et les lampadophores d'un soir de mai au bord du
champ
L'urne pleine, le regard vide je jouais avec des osselets pour te
distraire
Mon dieu je dis je alors que c'est au jeu que je me réfère.
Dans le vert de ma jeunesse
Où je plongeais chaque été
Que je retrouve dans tes yeux
Qui martyrisent mon âme
Dans le noir de ma peur
Je revois ta chevelure d'ébène
Qui réouvre ma blessure
Sur ta peau de satin
Je caresse la douceur de mon enfance
Que j'ai perdue à ton oubli
Dans la chaleur de ma vacance
Je retrouve tes baisers
Qui m'égaraient dans le néant
Dans la blancheur des journées lumineuses
Je retrouve ton sourire
Qui m'a achevé pour toujours.
Le long des murs j'ai froid
De regarder cette misère qui prend le quotidien à la gorge
devient habitude
J'ai froid d'avoir mangé hier
Sans penser à moi au fond de l'abîme
Je tremble
De l'humidité des hivers passés sur des cartons,
des terrasses, des cafés maures
J’ai froid de voir cette innocence courir
les quartiers pauvres où l’on assassine les rêves
où la faim est le pain journalier
J'ai froid de peur de ne pouvoir dire non à ceux qui nous gouvernent
J'ai froid de ton regard clair et limpide qui m'invite au plaisir quand
d'autres sont en prison
J'ai peur de ne plus pouvoir parler
De devenir comme eux et prendre sans réfléchir
Aux riches, aux moins riches et aux pauvres aussi
Surtout aux pauvres que la faim a poussés devant nos portes
J'ai froid d'être moi et d'oublier de le dire
Croire que je suis autre pour échapper à mes souvenirs
Dans la décomposition de mes jours
Ma moribonde nuit oubliée au milieu du chagrin de mes rêves inachevés
Cauchemars qui habitent les trottoirs de mon coeur assassiné de
servitude
De mes jours noirs et de mes nuits blanches
Je ne fais pas la différence
Imprimée à ma naissance, la souffrance de la privation a ridé mon corps
Car la mort à mes côtés marchant telle une grappe de silence autour de
mon cou m'entraînait dans des champs stériles.

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ISSN : 1270-9131