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« Dire », et autres poèmes de Zineb Labidi

Algérie Littérature Action N° 103-104

Dire

Je dis fleur

Et devant moi lève son visage

Eau sombre

Eau claire

Où meurent tous les soleils

Je dis ramier

Et le col de l’ oiseau

Et dans mon oreille le chant

Au creux des seins

Au creux des mains

Pour murmurer au matin

Je dis baiser

Souffle de libellule

Pétale éclat du jour

A son cristal le mot est touché

 

J’ai murmuré je t’aime

Les étoiles sont-elles malades ?

Le minaret est-il tombé ?

J’ai murmuré je l’aime

Le mot au vent levé

A fait ployer les cèdres

A fait tomber la dune

Prosternation au pied de l’eau

J’ai dit je t’aime

Ils ont crié au voleur

A moins que ce ne soit violeur

Allez savoir

Ils ont crié au meurtre

Et rameuté la tribu

La loi et la nation

J’ai dit je l’aime

Je suis herbe en quête de vie

Laissez-moi au bord du chemin

Le vent me prêtera son souffle.

 

Pour ce mot, j’aime ou liberté

Pour lui je suis mendiante

Avec lui je suis errante

Exilée jamais chez moi

J’ai dit je l’aime

Tais-toi tu ne sais pas

Ces mots ne sont pas de chez nous

Mots étrangers

Mots meurtriers

Mots assassins

Oublie ces mots et demande à ta mère

De t’apprendre à être femme

Femme de fille de soeur de

J’ai dit je l’aime

Seul le désert a entendu ma voix.

 

J’aimerai parler d’amour

J’aimerai chanter le coeur

Et ce qui le bouleverse

J’ai le coeur prêt, grand et large

Mais je n’ai pas le chemin des mots

Personne ne m’a appris

Et le monde a oublié…

 

Berceuse pour un monde à venir

Dors mon enfant mon coeur

ta mère est d’argent

ton père de cuivre

dors enfant mon frère

contre mon coeur

contre mon front

dors enfant sommeil aimé

ta mère la lune

ton père les étoiles.

Une soif qui pousse au très loin

Boire au-delà de l’horizon

Regarder derrière sa terre

Ne jamais dire j’arrive

Et toujours en marche

Toujours partir

 

Soif

… soif qui pousse au très loin

Boire au-delà de l’horizon

Regarder derrière sa terre

Ne jamais dire j’arrive

Et toujours en marche

Toujours partir

 

Chant pour celui qui meurt au loin

Il a passé tant d’années au loin,

Oubli de ceux pour qui il est parti.

Les enfants ont eu un père par lettres

De temps en temps, par le mandat, par l’oubli

La femme, elle, on n’en parle pas.

Il a travaillé, dur

Il a eu froid, si froid

Le bar, c’est pour avoir chaud

Pour se sentir des autres

Il a bu, il ne sait pas pourquoi

Les enfants ont grandi

Comme ils ont pu ils ont grandi.

Un jour à pain

Un jour sans

Un jour à lait

Un jour sans

 

La mère, elle, on n’en parle pas.

Lui, il a vécu, il l’a cru

Il a connu Josette il a connu Marie

Et un autre et une autre

Pour avoir chaud, pour oublier,

Les enfants et le mandat à envoyer.

Elle, là-bas, il n’en parle pas.

Il y pense peut-être ou peut-être pas

Et elle ? Qui parle du corps en jachère

Qui parle des nuits sans soupir ?

Qui parle son silence ?

Elle ? Elle attend peut-être ou peut-être pas

Elle ? Personne ne lui demande rien.

Les jours, elle les tisse et détisse

Les croise et les sépare.

Un jour, il est revenu

Pour aller dormir au loin

Dans le cimetière au loin.

 

Dérapage de mots

La guerre, ils l'appellent frappes

et l'enveloppent dans une fureur bien légitime

Les morts sont des bavures

A déplorer mais nécessaires pour la justice

Un hôpital, c'est une cible

Les ponts laissent passer les militaires

Qu'importe si un enfant traverse aussi

C'est comme ça c'est la frappe

La guerre, non les frappes,

est, non sont, propres et nettes

pas de sang qui tache pas de corps à filmer

Alors pas de regrets

La guerre, ils l'appellent frappes

Dites-moi, qu'est-ce que ça fait

A celle qui a été chassée

Avec la honte au mitan de l'être?

La mort ils la disent propre

Dites-nous, qu'est-ce que ça fout

A celui qui n'a plus de maison ni de champ?

On savait qu'ils étaient hors-la-loi

Depuis des années depuis longtemps

Leur vie était petite, presque clandestine

Maintenant...

Dites, qu'en avez-vous fait?

 

Votre histoire et la mienne

Votre histoire est lacs dormants

Tout y est signes clairs

Sens fixés pour longtemps pour l’éternité

Vous votre histoire tourmente passée

S’étale horizons tranquilles

Moi mon histoire horizon éruptif

M’entraîne fétu de paille

Grain de sable

L’Histoire m’emporte

Et je ne peux résister

Je marche et je suis la course

Je tombe et je suis l’abîme

Sa violence m’entraîne

Mais j’essaie de la fléchir

D’un doigt d’un cheveu d’un souhait

Ou simplement d’un rêve

Je lui imprime la pulsation de ma faiblesse

Je suis le changement du monde

Et son nouveau matin

Vous ne pouvez être le phare

Soyez la voix qui appelle la nuit

Pour maintenir l’éveil

Et renvoyer l’écho humain

De toute choses.

 

J'ai voté j'ai bêlé

On m'a dit vote et tu iras au paradis

Vote pour Dieu et ses hommes les vrais

Tous les autres sont des mécréants

Des apostats qui mourront

On m'a dit vote et tu boiras du Coca

Vote et tu auras une maison

Une maison sans voisin pour voir

ta future femme ta soeur et ta mère

Vote, tu te marieras

Tu auras une femme et même quatre

Si tu peux être juste et toutes les aimer

Si , si..., si...

Chacun sait que la justice est l'affaire de Dieu

et que la soeur de l'homme est très vaste

Vote et tu auras un lot de terrain

Un prêt non remboursable

Une autorisation pour prendre

le sable des plages

et les engins d'une entreprise publique

Vote et tu auras une licence import-export

tu pourras faire venir et revendre des ananas

du papier hygiénique fabriqué aux USA

de la lessive que tu mélangeras

de la moutarde et du café soluble

des yaourts impérissables

du fromage permanent

et des chaussures made in...

des tissus et des habits

des tapis de Hong Kong

 

Avec eux tu ne perdras jamais l'Est

et des tapis Samira

plus beau que ceux des Nemenchas

Vote et tu auras de l'eau tout le temps

et même au-delà

Vote... vote... vote

Vote... vote... vote...

J'ai voté j'ai bêlé

et rien trouvé à brouter

Alors je m'en suis allé.

A la prochaine...

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ISSN : 1270-9131