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Fleurs de murs

Par Abdelhamid Laghouati
Algérie Littérature Action N° 18 - 19

"Il est vrai que cette nuit
le froid est si intense
qu'il gèle jusqu'à l'utopie."
(Mains vides)

Abdelhamid Laghouati est né le 25 décembre 1943 à Berrouaghia. Poète et peintre algérien. Il a participé à la création du groupe "Aouchem". De nombreuses interventions dans des expositions de peinture et des récitals de poésie. Il publie ses premiers recueils en auto-édition puis L'Oued noir (Alger : SNED, 1981). En 1983, il participe avec d'autres poètes à l'oeuvre graphique de Denis Martinez, Bouches d'Incendie (Paris : Publisud). En 1988, il écrit le texte de album Où est passé le grand troupeau, en collaboration avec Denis Martinez (Alger : ENAG).

Dans un entretien réalisé par Tahar Djaout pour Algérie-Actualité, le 2 octobre 1980, intitulé, "Survie de la poésie", A. Laghouati déclarait: "Le poète, c'est le goual, celui qui constate, rapporte et ouvre les entrailles du mutisme : il communique un message, celui de la réalité quotidienne, aussi amère soit-elle."

Le 28 mars 1998, à la Bibliothèque Municipale d'Angers, dans le cadre de "Maghreb créateur" — plusieurs jours consacrés au Maghreb dans cette ville — , Laghouati, arrivé le jour même de Berrouaghia via Alger, animait une longue soirée où il alterna poèmes et récits du quotidien, avec sa guitare, sa verve et son sens de l'humour! Certains de ces textes ont été offerts à la fondation Asselah. Abdelhamid a confié à Algérie Littérature/Action cet ensemble de poèmes écrits pour les femmes ainsi que sa nouvelle inédite, "Fatma".

Illustrations : dessins de Ali Silem ("Maghreb créateur", Angers, 1998);

divers dessins représentant Laghouati dans la création (extraits de Où est passé le grand troupeau)


Parfums

Fleurs de murs

lézardées par le vent

humiliées par le hasard

Fleurs de murs

pans écroulés sur des odeurs

de femmes

avec pour péril

l'instinct

Fleurs de murs

déserts trahis

par des traces de

sang

blessures caravanières

aux bivouacs

imaginaires

Fleurs de murs

parfums de solitude

sous l'aisselle de l'artiste.

 

Le mur

Femme

criant sur les toits

étendant son silence

sur les terrasses

délabrées

du coeur

elle cherchait l'amour

entre

les fissures du mur

et quand enfin

elle l'aperçut

le mur

s'écroula.

 

Récital

Elle est venue vers moi

m'accostant dans la ruelle

demandant une adresse

je l'ai imaginée

lui donnant une forme

une couleur

une parole

je l'ai habillée du regard

lui montrant

le chemin

réticente

je voulais m'en débarrasser

elle exigea mon coeur

s'en servit

de boussole

et repartit

comme elle était venue.

 

Algérienne

Il y a dans ton regard

cette solitude

qui jette ses pétales

dans le fleuve du jour

ce jour viendra

avec sa monture blanche

galopant dans le désert

de la certitude

il y aura toujours

un printemps en toi

qui défiera

les horizons

tu es aussi belle

que l'amour.

 

Imagination

Comment t'imaginer

combattre l'ardeur de la foule

avec ta frêle silhouette

seule parmi tes sens

regardant furtivement l'absurde

qui t'entoure de ses tentacules

nos idées ont vécu sur le même territoire

aussi

vaste

que

l'amour.

 

Réel

Dans ton réel

visage écrasé de lassitude

mon coeur se perd

dans les dédales

de tes silences

et touche la cime du temps

du bout des lèvres

tes lèvres

ressemblent à l'amour entrouvert

sur mon simple regard.

 

Toi

Toi, au visage fermé

sur les portes des désirs

allongée sur les cris d'une poitrine solitaire

dévisageant en silence

mes prières vaines

et

tes crises de fou-rire

toi

au front maculé de plis

sans frontières

regarde ma main

elle porte encore

la blessure béante

du verrou

de nos coeurs.

 

Seule

Te voilà seule dans la rue

au milieu de la foule

contemplant les démarches

d'une folie ambulante

te voilà seule

malgré le soleil

qui s'amuse avec les arbres secs

et les pigeons mal à l'aise

sur les déboires de l'homme

tu marches

et avec ton ombre blessée

mon coeur ambulant

traînant la savate

derrière ta poitrine

tu n'es plus seule dans la rue

il y a le soleil.

 

Hier

Rien

le rêve m'a fui

dans le sommeil des chimères

j'ai imaginé

un baiser d'amour

sur un sein

galbé de battements sincères

et de souffles coupés

hier, le rêve

m'a dit que ton coeur

existe

au-dessus des montagnes

aux cimes dénudées

hier, le rêve

est venu recomposer

en texte

et en promesse

certaine.

 

Meurtrissures

Ardente habitude

qui cicatrise le mot

qui s'offre à tes lèvres

et laisse la blessure

sur les rives du moment

avec ses désirs

qui s'estompent peu à peu

sur ton corps de faiblesse

et de meurtrissures

otage de la supercherie

de ces yeux-là

qui n'ont jamais su repérer

une trace

sur les sables

d'une trop pénible rançon

ardente maquisarde

aux sources qui gouttent

et abreuvent mes silences

d'une simple écriture.

 

Étoile

Étoile

au sourire insomniaque

filant à travers

les coeurs

avec sa traînée d'amour

laissant la solitude

agrippée au passé

comme un cri minuscule

sur un écho féroce

étoile

rassurant mes silences

multiples

de ton regard pétale

sur une rose de jours.

 

Cri d'amour

A mon cri d'amour

se superposent tes chemins

qui mènent aux lourds silences

sur les passerelles de tes cils

tu es là, vivante

large comme un creux ouvert

sur les granits du soupir

tu es là, présente

comme un souffle misérable

qui balaye

les rides

qui balafrent

le fluide

d'un fleuve disparu

à mon cri d'amour

se succèdent les rayons

qui donnent à la nuit

le goût curieux d'une attente.

 

Jardin

Avec mes restes de verdures

j'inventerai des jardins

sur tes déserts arides

je me mettrai debout

guettant la silhouette

qui t'habille

de sentiments

empilés sur un horizon

d'amour

je te prendrai la main

caresserai tes cheveux

avec un vent de sable

que les médiocres redoutent

je poserai mon texte

au creux de ton regard

comme un baiser fleuri

de mille soleils couchants

je t'aimerai

avec l'ardeur d'un poète

je dormirai enfin

heureux comme un soupir.

 

Fleur

Aucune fleur à offrir

pas même un dédommagement

je lui permis de courir sur la route

de l'innocence

elle était là

prisonnière de mes rêves

ligotée de solitude

crispée de douleurs

quand j'ai voulu la libérer

elle se dessécha

et disparut

dans

l'oubli.

 

Lassitude

C'est toi qui es venue

muette et ardente

m'extirper

de ces jours errants

qui me servaient

d'accoudoirs

tu es venue

ramasser à pleines mains

ces vents qui m'écrasaient

de leurs tristes

incendies

c'est toi qui es venue

éteindre la lumière

qui gênait

ma nuit impatiente

alors, pour une fois

rien que pour une fois

laisse moi rêver

dans mon silence.

 

Reboisement

Avide

Sensuelle

écrasée sous le poids des ombres

elle s'en allait

muette

marchant sur les rides crevassées

de l'âge

dans sa mémoire

un fouet pesait

son dos

l'homme lui mutilait le corps

à coup de malchance

c'était une femme

au destin ligoté sur les barbelés

de l'attente

attendant en vain

l'amour innocent

chaque matin

elle espérait l'incendie

dans les forêts denses

de son impossible

et chaque matin

sous son oreiller

elle découvrait

une nouvelle poussée.

 

Refuge

Son ombre

me parut immense

elle était si grande

que mon coeur

pris de panique

se fit tout petit

il chercha refuge

derrière l'inconscience

mais il ne trouva que refus

alors désolé

il s'enfuit

avec la première venue.

 

Intuition

Intuition

large comme une feuille

d'amour

hachée de sourires

et de sang

intuition

aux robes colorées

par un soleil levant

Intuition

périlleuse

sur les lèvres

d'une femme.

 

La Passagère

Souvent

bien souvent

trop souvent

elle essaya d'ouvrir

la bouche

ses lèvres tuméfiées de questions

furent

happées

remodelées

façonnées

délestées

de

l'injure

puis

vendues au plus offrant

au prix fort

au coeur éteint

fut mis en pot

à l'âtre de l'illusion

errante

comme une peau tannée

étendue au soleil

séchant d'espoir

elle sortit du silence

dès que l'aube

eut

ouvert

ses portes

et s'enfonça

dans le matin

manutentionnaire

enfin

partir

apprendre à aimer

s'agripper au désir

danser à se gommer les pieds

à changer de chaussures

elle passa

les formalités

douanières

sourire

aux

bagages

et quand elle sortit

de l'angoisse

les quais étaient si longs

qu'ils sabordèrent

le navire

alors

rebroussant chemin

refit le même parcours

se heurta au soleil

et fut aveuglée

par les rayons

incandescents de l'absurde

souvent

maintenant

très souvent

trop souvent

elle se mettait

à sa fenêtre

et regardait

les autres

partir

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ISSN : 1270-9131