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La source paradoxale : Le manque, le doute

Par Abdelhak Bouafi
Algérie Littérature Action N° 75 - 76

À Thérese-Louise C… d… R.
She knows…

Soif;

à m'arracher la peau aux vitrines

claquement de vent dans la voile

hisse aux horizons, aux mines, à l'or

gisant labrador couloir aveugle.

 

soif;

galaxies rousses mes éclatées

reines filles de vent, filles de peu

femmes d'avant l'aube penchées

sur le sommeil de l'amant

soif;

de tes pas battant la pluie

macadam de ma nuit, fuis

déjà au loin, les feux du taxi

ton passage m'enivre

soif;

de tes mots, de tes interdits

de tes fêlures, de tes fièvres

soeur d 'impossible

l'île tangente au méridien fou

soif;

deux secondes de vie sentence

du chauffeur un peu dur d'oreille

l'espace et le temps, la rigueur

de m'engouffrer dans tes rêves

soif;

de l'heure de la laitance

du métal fondu, cauchemar fourbu

dissous poussière, souffle sur la toundra

la traîne de tes lèvres, l’écho de tes rêves

soif;

l'écho de mes sentinelles à l'à quoi bon

déchiffre une terre ingrate et dure

asservie au ciel où nulle trace n'indique le large

poitrine ouverte au vent, passant nonchalant

soif ;

du vent dans ta ville cet automne;

femme à jambe déliée comme feuille

du ciel au parterre, au verger pas encore

herbier au pied de ton immeuble, nos rires

soif ;

de ta guenille, de ton air, de tes saisons

venantes, pourfendeuses de laideur,

de ton air et ce qui y ressemble

nos frontières amicales,

soif;

de nos terres éclatées en étoile

prairies de braises, lits des rivières

bordés d’ajoncs, brassées des remous,

brassées de tes mots illisibles

soif;

de ne pas entendre les pas du chat

sur le tapis, chat errant de steppe

d'alfa, de caillasses cramoisies à midi

hurlante de béton sous le pas de l’errant.

Je n’en dirai que ce qui vaille

Orient des choses

Dans le dédale des forêts

Et des steppes au loup

L’élan vers toi fugitive !

Patineuse au miroir

Éblouie des murs,

acajou des livres

harpe aux étangs

c’est l’automne

Feuille des rives, auberge

Naïve, comme fin de nuit

Le chant est libre, l’aile

Délivre l’image

Du livre, que tu fermes

Loup de rivières, ce que j’ose

Allant à tes marées

Cristal des banquises

Fragments diamantés

Aiguisés aux vitres.

Chaluts à légendes

Pourpres et sable

Arcades des villes marbre

L’ombre des mains

En crue dans la soie

Caravelle en errance

Longitudes d’or

Paroles du large

Perles d’embrun

Caravelle cap vers les sources !

Bienvenus, hommes à blason de fièvre

Vous des montagnes, ceux des steppes

Gardiens des sources, figures de proue

Serviteurs du vent, frères en folie

Tisserands du feu et du cèdre

Celui qui court en enfant

Ses désirs en mappemonde

Écharpes voici l’hiver

Déployez-vous au large

Ouvrez mes yeux aux rêves

Vaisseaux de perles

Pirates accordeurs de luth

Écorcheurs du cuivre

Tuteurs des harpes

Amants musicaux

Hommes de suie

Hommes des soutes

Frères du bois, de la charpente

Ensevelis sous les collines de sel

Hommes de l’effroi

Nous grandissons, nous nous appelons

Dans l’unité de notre nom

Nous nous connaissons :

Accordeurs de viole

Défricheurs d’ombre

Colporteurs et porteurs

De chapeaux de paille

De fourches, de palabres

Gens de geste et de sieste

Hommes titulaires de la chaux !

Kabbaliste andalou, au treizième pas

La pierre chaude de midi me donne nom

en alphabets pluriels

Que chacun m’apprenne le chant

je peux quitter la rive, mon invitée gravira

le sentier aux lentisques, une arête blanche

à l’assaut du sable. Ci-gît la plaine glabre

l’étendue s’est confondue au large

à chaque voyage son instance

l’air est libre d’absence

l’air à l’inertie étanche

c’est une voix d’entre temps

métropolitaine et vagabonde

chanteuse des rues, persane

ou regard derrière les persiennes

la pluie te nippe oh souveraine !

ce qui me reste de ta voix

écorchée comme le sarment

ouvert au feu, l’ombre

titube au rythme d’un quinquet

les marronniers de juin sentinelles

à candélabres verts et blancs

ce qui s’annonce sous les bogues

des automnes dans des forêts magiques

c’est une rue à pelage de chat

à crissements de cristal

à te croiser par hasard

c’est une rue sans fin

et tu portes l’aube en linceul

cette folle tendresse

forteresse et cabaret, auberge

près du champ de luzerne

c’est une rue à vent paraître

aux affiches tropicales

une rue de portes ouvertes

n’y entre que peut-être

c’est bonjour à ta fenêtre

chez le marchand des rêves

tout est gratuit, puisque nulle part

cette rue de temps en temps

Dans l’instant vif argent

Uniques voyageurs à traîne

Maraudeurs de passerelles

Nous voyageurs incertains

De la cime des arbres,

À l’orée des forêts

Marcheurs dans les genièvres

Parlons avec ceux du manque

Chevaux hallucinés

Nappez de vent mon alphabet

Dites aux nuages caravaniers

La teinture du temps.

Le manque et son double

Mon frère et mon autre

Entre nous ma parole

Vaine et libre me parle

Jusqu’aux lézardes vertes d’aube

Trébuchements d’orgueil

Échos fossiles et possibles

Marbre fissuré à crues et torrents

L’affiche mordorée déchirée

Les couleurs sans tain des murs

Les traversées de boulevards

Comme épopée entre les clignotants

De cet exil en silicose

La silice, le sel en pâture

La mémoire d’avant

L’absence du reclus

L’ardoise où ce qui durera

De nous s’insinue

Poitrinaire. Sommes-nous

Le péril à l’affût ?

Méandres où se love le silex

Coule ma rivière de sable

La crinière intangible

De cette rue impossible

Drue est la nappe du vin

La caresse rêche des reins

Une voix persifle et signe

Sans la joie dentellière

Peau du safran, répertoire

Des épices. Route close

D’avant le précipice

Soufflent les forges du dedans

Je t’écris du bord d’un ruisseau vivant

Ce n’est pas encore l’age des trémières

Dans ton vallon je ne connais pas

De quels fruits sont tes nuits ?

Je t’écris, puisque tu mets ma voix à nu,

Laisser filer la parole au cours de l’eau

Parole voyageuse, rôdeuse de clôture

Femme sans souliers qui foule la cendre

Fille des plaines, fouets d’alfa

Porosités d’asphalte que tu enflammes

Cours fille à la poussière des chemins,

Aux murs de chaux des anciens

Les loups te fraient la voie, t’annoncent

Régente des dunes. Diseuse aux enfants

Flamands des soirs, écrivez la nuit océane

Loup, notre sentinelle à cette nuit du dire

nuit à te frôler, à te démâter voile des vents

et dans l’échancrure de ton horizon

brasser le crêpe et les tissus grenats

la lourdeur des étoffes qu’assouplit le matin

calligraphie des ondes

échos d’une fête, violon en chamaille

et vous danseuses de vent

de quels fruits sont vos nuits ?

Célébrées les soeurs du mois d’août

La coriandre au détour d’une voile

Borde la terrasse où tu dormais

Landes à gentiane, que tu prospectais

Fille qu’assassinent à vingt ans

La calomnie et les regards détournés

le passant du square, perplexe quant à l’heure

heure des lavandes, de la crinière rousse

les collines d’armoise sous le vent du sud

tu hantes les océans, passagère de goélettes

tes estafettes en meute quittent la ville

alertent les faubourgs et les déserts

humbles ces amants qui saluent leur traversée

du monde imparfait entre l’oubli et le chant,

humbles pénitents dans les travées clair obscur

Celui qui trébuche à l’orée de ta bouche.

Celui des sollicitudes camarades

Des roses à verbe aux vitrines

bleu galactique ce caprice

Un mur, un muret, un massif de ronces

Solitude dans les broussailles

Le feu qui n’a rien à raconter

L’épitaphe dans la poussière

Une circulation fluide dans

l’ondulant passage des ondes, langues

de l’étrange. Ce bossu du soir

le néon affamé de brouillard

un regard carcéral, fuite en rumeur.

Aux battements de dire

Cette orange sous la chandelle

Le cuivre ancien, la pénombre

Une après midi sans mensonge

Un quatre heure à nattes

Ta dent douloureuse

Des lambeaux de soins

La pluie en oripeaux

Le retard à te répondre

Du grenier au comble

S’archivent les mots

Pour chauffer mes nuits

Ma main sera nue à ton épaule

Passante à regard de cuir,

Cordoue où s’aiguisent

La lame et l’imposture.

Ce qui libre en cet instant

A l’origine des sources

L’avant parole, le frôlement

De la main avant de se poser

Ce seuil, et l’hésitation

A le franchir. Viens ce n’est

Que le reflet de l’âtre

Sur les dalles du sol

Ce n’est pas ton rêve

Son double qui seul

Sait se dire. L’autre

Cloué au fauteuil d’aphasie

Transhumance vers les mots

Quêteurs de voix. Nos jumeaux

Eux guettent depuis les archipels

Seigneurs du large

Te voici assise dans la pénombre

De l’auberge à l’orée du bois,

Ou plutôt relais de chasse

A l’enseigne du puma rouge

Fauve est le feu

Qui t’inonde. Toi, entre

ce qui se saisit et saisit

entre deux pages du monde

Ravissement dans l’annonce

Mélissande ou Mélusine

Les sentiers entre les fougères

Là où l’on s’attarde dans l’attente

Qui peut te suggérer mieux

Que ton bivouac aux allures

Médiévales, entre escales

Et ruptures de haubans

Autour du feu tu contes

Les battements du coeur

Et ceux de la pluie. Ceux

Du tocsin dans la rage

Et ce métronome qui vagabonde

Dans l’étrangeté des travées

Totems fuselés de vestiges

Murs de chaume écroulés

Ce qui tremble après

Après les notes,

Cette chevelure

Aux vents des steppes

Main gantée à rapaces

temps d’armoiries,

et toi sous les bannières

enfant des palissades

nous voici dans l’espace exclusif

du peuple à musique errante

arpenteurs de comètes, géomètres

entre dunes et lagunes

ribambelles et ritournelles

fifres, inventaire des lieux

hantés de vieux instruments

dont le tambourin à mille voix

une ébauche de départ, une esquisse

quand la main se pose sur un pan de robe

une signature désinvolte

au dos d’une carte. Un instant.

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ISSN : 1270-9131