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Un couteau dans le soleil

Par Aïssa Khelladi
Algérie Littérature Action N° 5

Un couteau dans le soleil, textes de Hélène Cixous, Jean Sénac, Youcef Sebti, Ben Mohamed, Hamid Tibouchi, Rabah Belamri, Tahar Djaout, mise en scène de Hamida Aït El Hadj. Distribution : Kassia Borderie (La Cassandre), Hamid Chabouni (Zine), Abderrahmane Guenaneche (Noun), Assia Guemra (Sonia), Serge Karim (L’Adepte), Nourredine Lamara (L’Homme Serpent). Représentations du 18 octobre au 17 novembre au Théâtre de Proposition — Durée du spectacle : 1H 20.

En 1994, Hamida Aït El Hadj décide de reprendre  Hissaristan (Journal d’un fou de Gogol) qu’elle avait créé en 1991 à Alger, en l’adaptant de manière à ce que le héros se transforme en intégriste sans foi ni loi, tuant peu à peu tout le monde et finissant par tuer le public lui-même. Ce rôle était tenu par l’un des plus talentueux comédiens algériens, Azzedine Medjoubi qui sera assassiné une année plus tard, alors que le spectacle était déjà programmé à Paris, au Centre culturel Algérien.

C’est du choc de cet assassinat qu’est né le projet de la pièce  Un couteau dans le soleil. Un montage de textes, en fait, appartenant à quelques poètes dont certains sont morts assassinés (Jean Sénac, Youcef Sebti et Tahar Djaout) et articulés autour d’une histoire symbolique : une jeune homme fanatique tue sa soeur qui s'est obstinée à vouloir danser dans une pièce de théâtre dont le metteur en scène ne connaissait pas encore la fin. Mais la mort de cette “pécheresse” (interprétée par Assia Guemra) n’était peut-être qu’une fausse mort et la fin de l’histoire serait ainsi toute trouvée.

L’exercice est rude cependant, et il n’est pas sûr que le metteur en scène s’en soit bien tiré. Sur des textes élaborés et d’une grande force, les répliques ou dialogues destinés à les relancer ne pouvaient qu’apparaître pauvres et parfois caricaturaux. De ce contraste, peu à peu naît un malaise, voire de l’ennui que dément pourtant sans cesse le rythme général imprimé aux scènes. Ainsi on oscille entre l’intérêt que suscitent les tirades poétiques et la monotonie qui se dégage, forcément, de la répétition. De sorte que dès la première scène tout semble avoir été dit : nous savons à quoi et à qui s’expose cette danseuse (son frère, forcément intégriste!) et la mère au milieu, trop sacralisée pour être autre chose qu’une mère-patrie, une mère à débiter des lieux communs en somme. Les personnages, dépourvus d’épaisseur, ne sont en proie à aucune contradiction qui aurait pu nous entraîner dans leurs destins.

Ici la blessure n’est pas déchirure, mais simple prétexte à dénoncer, et la mémoire n’est hantée que par ce qui la porte : le discours. Mais attention, la caricature est option, travers obligé de toute symbolique; et comment dire les faits de la barbarie, religieuse en l'occurrence, autrement que symboli-quement? Il s’agit de faits, il s’agit de drames, il s’agit d’Algérie. Les textes qu’on écoute dans la bouche de ceux qui nous les disent viennent tout droit des victimes de cette barbarie. Ils ne mentent pas, eux. De grands moments d’émotion nous saisissent et on se surprend à murmurer : “Où sommes-nous?” Nous regardons à droite, à gauche, avec le sentiment d’avoir, tout à coup, perdu notre identité : “Mais si nous sommes dans un théâtre, qui sommes-nous alors?” Cette pièce, représentée en français, est indénia-blement conçu pour un public en désarroi, un public algérien pour tout dire.

Lorsque, contrastant avec la musique douce-amère des mots, Hamida Aït El Hadj nous submerge, soudain, dans un déluge de fureur et de bruits, combien parmi nous, n’y tenant plus, ont voulu quitter la salle et planter la pièce là — là où son agression devenait le plus intolé-rable. Car, en plus, et cela aucun étranger ne le comprendra facilement, Un couteau dans le soleil, rend aux hommes ce qui appartient à Dieu. Et la mémoire du peuple devient celle, sublime, du poète.

La tendre admiration éprouvée pour des comédiens qui semblent avoir pris à bras le corps un sujet qui les concerne intimement, dans leur vie quotidienne, si ce n’est dans leur imaginaire à vif, au point d’oublier de le “jouer”, c’est cela aussi la vérité de  Un couteau dans le soleil. Face à cette vérité, le spectateur n’a d’autre alternative que d’être lui- même comédien. Un comédien assigné au rôle de simple spectateur, sans que les rôles ne s’inversent guère pour autant.

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ISSN : 1270-9131